Journal de Confinement - Jour 54

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Journal de Confinement - Jour 54

Confinement de Marion

Il pleut, on débarrasse la table en catastrophe, chacun met son jeu dans sa poche, attrape son verre. On rentre. On se réinstalle, on continue. Il ne pleut plus. Fichu pays où le beau temps n’est jamais sûr, où on ne peut pas jouer au tarot tranquille sur la terrasse.

A part ça, brunch ce matin, donc « j’ai trop mangé », mais « on a la journée devant nous », et autres banalités autour du brunch.

La journée devant soi, un peu comme tous les jours depuis deux mois. Renforcé par le coup du week-end prolongé, et par la perspective de « la fin », la proximité de ce fameux 11 mai qui est lundi en fait, dans deux jours.

Ça serait le moment de faire la liste de ce qu’on n’a pas fait, vous qui aimez les listes. Non, on n’en a pas profité pour apprendre une langue étrangère, ni pour écrire un roman (c’est comme ça qu’on nous le vendait, le confinement). On n’a même pas fini de ranger les placards. On a surtout pris les deux kilos prévisibles et prévus. Avec tous ces brunchs.

Ah, il repleut.

Confinement de Maillec

Cette musique lente, rythmée par la guira et le bongo. Cette danse sensuelle, guidée sur 8 temps. On fait quelques pas de base, bien synchronisés. C’est sympa, mais trop facile. « On peut faire quoi d’autre ? » ; « Si tu lèves ma main bien en l’air comme ça, je vais tourner ». Voilà comment commence ce cours improvisé de bachata.

« Lève ma main droite avant de repartir à droite, et la main gauche si on s’apprête à partir à gauche ». Il est appliqué. On continue.

« Lève ma main dès le premier temps, sinon je n’ai pas le temps de tourner sur 4 temps ». Les mesures s’enchaînent.

« Mince, c’est pas ca ! » ; « Si, c’est pas grave, ça existe aussi de faire comme ça ». Je rassure mon partenaire.

« Pour que je ne fasse qu’un demi-tour et que je me retrouve dos à toi, ne lâche surtout pas ma main, sinon je pars pour un tour complet ». On change tantôt de pas de base, tantôt de passe.

« Parfait ! ». Je l’encourage pour qu’il ne s’arrête surtout pas. La musique est forte. On a chaud. Il est tard mais rien ne nous arrête. On est tellement bien. On enchaîne les passes et les morceaux. Un moment complice, doux, amusant. Un souvenir…

Confinement de Zewed

Confinement. Jour 54. Je reviens juste d’une promenade au bois de Vincennes. Il y faisait beau et nombreux étaient ceux, bravant le confinement, qui s’y sont retrouvés.

J’ai pris plaisir à contempler le plaisir naïf d’un enfant jouant au foot avec son père, de quelques musiciens venus partager ou de familles montées sur leurs vélos.

L’espace de quelques instants, j’ai cru en l’avenir et en sa beauté. J’ai vu en l’enfant qui tapait dans la balle le passé et en son père le futur. Moi qui assistait à cette scène, invisible, j'étais le présent.

Soulagé de noter que mon cerveau ne me laisserait pas me morfondre sans se battre, je me suis muni d’un sourire, d’une cigarette roulée, et j’ai repris ma marche.


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