Journal de Confinement - Jour 5

J5 du confinement. Une communauté grandissante d'auteurs, confinés comme la totalité du pays, partagent leur ressenti, leurs occupations et leurs questionnements. Rejoignez-nous.

Journal de Confinement - Jour 5

Confinement de Joumi

J’ai décidé d’être heureuse parce que c’est bon pour la santé, comme disait Voltaire.

Je me lève avec une envie de dingue, une envie farouche de cultiver l’optimisme, de sourire et rire, bref, de véhiculer la joie autour de moi.

J’ai décidé de participer à un atelier géant, de yoga du rire en ligne. C’est marrant ! On va tous se fendre la poire pendant 15 minutes, bouche grande ouverte pour mieux s’esclaffer. Le principe est simple, plus on s’esclaffe, plus on ri et plus on ri, plus on s’esclaffe. Drôle ! Je suis heureuse de partager ce moment de fous avec des inconnus, merci Docteur Kataria. En plus, c’est bon pour la santé. 15 minutes de libération d’endorphines naturelles, 100% anti-stress ! J’aime bien, je me marre déjà à l’idée de me marrer ! J’ai proposé à mes proches de se joindre à moi pour l’expérience. Ça me ferait poiler de les voir chez eux, grâce à zoom, se tordre et se gondoler, bref… glousser en communauté.

Mais non, je ne plaisante pas ! En ces temps cinglés, quoi de plus sérieux que le rire ? Je vous interdis de sourire ! Ne riez pas ! Je vous vois, vous, qui vous roulez par terre, vous riez à perdre haleine et risquez de vous décrochez la mâchoire !

Cessez ces clowneries bande de siphonnés !

Confinement de Zewed

Confinement. Jour 5. Le ciel est gris. Le moral aussi. J’aime bien les statistiques. En Italie, une personne sur 15000 est déjà décédée. La courbe française suit l’italienne. Je me dis que je serai touché, de près ou de loin, par l’hécatombe en cours. Aujourd'hui, j'ai le cœur à pas grand chose. Je vais me forcer, à suivre le planning que l’on a mis en place. C’est fou à quel point l’humain a besoin de guides. Le mien, c’est lui, fixé au mur. Il m’emmène vers la fin de la journée. Il m’emmène vers la fin de ce confinement qui, et j’en prends seulement maintenant conscience, va être exceptionnellement long.


Hier, j’ai réalisé à quel point mon quotidien était dénué de sens pour la société. Je suis développeur, mais je ne développe rien d’utile. Personne ne se rendra compte que je n’ai rien produit. Personne ne se rendra compte de mon absence d’activité. Et je crois que ça m’attriste.


C’est pourquoi c’est tôt ce matin que je vais à mon rendez-vous quotidien, doigts sur le clavier et yeux face à l’écran, écrire ces quelques lignes qui me permettent de jeter par la fenêtre une morosité qui n’est pas la bienvenue. A de jours meilleurs !

Confinement de Sandrine

Ici, je confine, tu confines, il confine, nous confinons, vous confinez et ils confinent... Avec mes deux petites filles à la maison, le verbe confiner se conjugue à tous les temps ou presque. Dieu merci, c'est leur maman qui prends en charge cet partie de notre quotidien. Je ne suis pas assez pédagogue pour cela. Ou pas assez patiente, c'est selon.

Pour ma part, je me fais la réflexion que, confinement ou pas, mon quotidien reste inchangé. Je ne sorts guère que pour faire mes courses habituellement, donc, cet aspect de la situation ne me pèse pas vraiment.

Chez nous, l'ambiance oscille entre fin du monde : aucun bruit dans le jardin, oiseaux qui chantent le printemps retrouvé, sensation de désertification de l'humanité qui n'est pas pour me déplaire je vous l'avoue et fin du monde bis : j'ai entrepris des travaux de peinture au rez-de-chaussée qui place la gaziniere au milieu de la cuisine avec le lave vaisselle, le frigo et les meubles de cuisine au salon, les provisions au milieu des pots de peinture et des devoirs des petites. Tout le monde zigzague entre poubelles, meubles démontés, pot de peinture, vaisselle sale, linge qui stagne, gamelles des chiens et litière des chats. Pardon, pardon, pousse toi, rentre le ventre, pardon, file de là que je m'y mette... Je ne lâche pas mon pinceau, j'ai peur de le perdre !

Notre chaos interne réponds au silence de la rue. La télévision reste éteinte la plupart du temps et j'évite d'écouter nos chers élus et leurs laquets de la presse car je n'ai pas trouvé le motif « flanquer des têtes au bout d'une pique» sur ma feuille de sortie dérogatoire.

Confinement de Nats

Hier soir, les bras de Morphée furent inaccessibles durant de longues heures. Mon esprit a longuement divagué sur le confinement et je me suis mis à craindre à plusieurs reprises d'avoir attrapé le Mal qui nous sévit. Aujourd'hui, malgré mon besoin profond de faire une escapade, que ce soit pour faire des courses ou acheter du pain, j'ai une réelle appréhension de l'extérieur.

Il m'est difficile de poser mes émotions, mon ressenti. Une enclume semble suspendu au dessus de moi, comme en l'absence de gravité, attendant le moment opportun pour s'abattre. Comment dois-je procéder pour effacer cette déplaisante sensation qui s'accapare mon esprit ?

Notre liberté de sortir nous a été volée par le Mal, ne reste à nous que notre liberté d'expression pour expulser nos douleurs. C'est donc avec difficulté, aujourd'hui, que j'épanche mes peines dans ce Journal de Confinement.

Notre Liberté reviendra, cela j'en suis certain, mais à quel prix ! Combien de personnes vont passer de l'autre côté ? C'est avec beaucoup de peine et d'espoir que je vous souhaite une très bonne journée.

Confinement de Floflo

Elle me dit qu'elle est là. Qu'elle est dans la maison. C'est absurde. Elle ne peut pas sortir de la sienne qui est à des centaines de kilomètres de la mienne. Je songe à lui demander si c'est une blague mais les mots ne sortent pas. Si c'en est une, je la trouve mauvaise. Elle me répond quand même que ce n'est pas une blague. Il suffirait de me lever pour vérifier, mais je ne le fais pas.

Petit je me suis fais la promesse de ne plus me retourner pour voir s'il y avait des monstres derrière moi parce qu'en tournant la tête j'avouais croire en eux. En gardant le dos tourné j'étais un grand qui ne croyait plus aux monstres.

C'est faux, elle n'est pas là. Je le sais, je reste immobile. Mon cousin m'appelle et me dit qu'elle est belle et bien là. Je le trouve cruel de prendre part au mensonge. Elle est belle mais elle n'est pas là. Pourtant je me laisse ronger par l'éventualité, par la cas-où. Elle ne doit pas comprendre pourquoi je ne l'accueille pas. Elle est passé outre l'interdit mais ça m'est égal. Je devrais être enchanté. Il est sûrement trop tard j'ai dû la blesser à coup d'hésitations. Je me trouve...

La porte de la chambre claque, je me réveille en sursaut.

Je suis un grand. Je ne me suis pas retourné. Les monstres sont devant moi et les rêves se cachent. Je me fais la promesse d'aller les chercher et de croire en eux.

Confinement de Litilesiou

Je voulais commencer par annoncer le jour, mais on perd rapidement toute notion du temps et les jours de confinement commencent déjà à glisser vers le flou. A ma décharge, ils se ressemblent tous. Ce qui est sûr c'est qu'aujourd'hui, le couperet est tombé. Cette question sur laquelle les psychologues s'arrachent les cheveux depuis des siècles, j'ai ma réponse : quand on a rien à faire, on s'emmerde. Ravitaillement, deuxième round : aujourd'hui j'ai fais le plein de clopes, ce produit de nécessité vitale... même en roulant hyper lentement, j'ai pas réussi à tuer plus d'une heure.


J'ai beau savoir que plus on en fait plus on trouve de la motivation, je mouline dans le vide et ça ressemble pas mal à du remplissage de temps. Le plus bizarre, c'est que c'est maintenant que je culpabilise le plus de pas en faire assez. C'est vrai, on se dit merde, je vais enfin avoir du temps, pouvoir en profiter pour être créatif et mettre en marche tous les projets qu'on laisse de côté toute l'année, mais pour l'instant, la mayonnaise prend pas. Alors je me crame les poumons en grattant deux accords de guitare un peu pourris, je m'occupe en cuisinant ou en lisant et les journées filent, c'est pas si désagréable au fond. Sauf quand fréquemment s'invitent ces bourrasques assez violentes, bouillon d'émoi où l'on se retrouve seul face à soi-même, à simplement dériver sur trop de pensées, rarement claires et pas toujours très constructives. C'est ce qui m'épuise le plus pour le moment, mais c'est sûrement nécessaire, et en-dessous il y a toujours ce petit corps blême d'optimisme rêveur qui me fait croire que demain la machine se mettra en route. C'est vrai, c'est en s'ennuyant qu'apparaissent les bonnes idées, je le sais parce que je l'ai lu dans un magazine très sérieux, y'avait même un expert qui parlait d'une enquête américaine méga pointue. Ou alors c'était sur internet, je sais plus trop...

En attendant il est déjà 18h, alors je rallume une clope, un sourire un peu con sur le visage, et pour tout ce qui est écrire un best-seller, composer un tube, trouver un projet de vie ou même me mettre à cette mode un peu dingue que les autres appellent le sport, je mise plutôt sur demain.

Confinement de Stofcri

Confinement ça commence comme confiture mais j'ai du mal à trouver le lien entre ces deux mots.
Pourtant c'est important de faire le lien ou tout au moins de ne pas le perdre, ne pas rester tout au fond de soi.
Le jardin est beau, même sous la grisaille et la nature s'empresse en ce premier jour de printemps de nous faire le cadeau de sa magie.
Cette nature qui nous invite au plaisir simple de la contemplation et nous rappelle que c'est elle qui nous lie.Pour ne pas devenir aliéné, restons liés à elle, à nos proches, nos amis, et aussi avec nos souvenirs, nos chers disparus.
Je suis heureux d'apprendre qu'un certain Jean-François Dewez est né en 1698 quelque part dans le nord de la France ; je pense à lui de temps en temps et à ce qui nous lie.

Confinement de Lex

Ce sont les câlins de mon chat qui me réveillent... Le jour filtre au travers des volets... Le temps est gris... Je suis frustrée. Toute la semaine le soleil était au rendez-vous. Je me voyais déjà profiter de celui-ci, sur mon balcon et Jean d'Ormesson.

Je ne le connais pas, pas encore, mais c'était mon crush du jour. Tant d'auteurs gravitent encore autour de moi. Mais ce n'est qu'une question de pages tournées avant de les conquérir. Au détour d'une conversation, l'on me glisse que le film les Tontons Flingueurs passe à la télévision ! Ma Bible ! J'ai été élevée avec Michel Audiard, je connais les dialogues par cœur ! Montée euphorique à son paroxysme ! Le confinement a du bon ! Les programmes télévisés vont de nouveau être qualitatif ! Plus personne ne sort, la nature reprend ses droits ! Nous en tirerons les leçons !

Je repense à ces grands moments d'euphorie et de solidarité suivant des événements marquants et comment la vie a vite repris son cours en faisant fi de toutes ses envolées... 'alors ? Il dort le gros con? Eh ben il dormira encore mieux quand il aura pris ça dans la gueule ! '

Confinement de Richard

Jour #5 – Je ne suis pas confiné

Recopier la dérogation est devenu habituel et j’ai tant de choses à faire que je suis ravi de ne pas subir les injonctions sociales à sortir. J’allais écrire « pourvu que le confinement dure ». J’ai passé les premiers jours à actualiser compulsivement mes notifications, maintenant j’arrive à laisser mon téléphone de côté. Quand je l’allume, je sais à qui je veux envoyer un message. Quand je ferme les yeux, je sais aux côtés de qui j’ai envie de me coucher. Le reste du temps je ne fais que ce qui me plait, sans aucune contrainte temporelle. Je me suis même remis profondément en question, j’ai pensé à ma vie, à mon futur, comme si aucun sujet actuel ne venait la troubler. Je ne ressens ni peur, ni frustration, ni sensation d’étouffement. Je ne suis pas confiné.

Quelques courses : j’ai fait comme tout le monde, j’ai acheté de quoi survivre plusieurs semaines sans sortir. Mais je vais ressortir. Je referai probablement même des achats. Plusieurs semaines, je ne parviens pas à me projeter ci-loin. Un ami m’avait raconté qu’il était parti en weekend, laissant à son hamster de la nourriture en quantité suffisante. A son retour, il avait trouvé l’animal mort. Il aurait tout mangé dès qu’il aurait pu, puis serait mort de faim.

Depuis que je suis rentré, je bois de la bière comme si j’allais pouvoir retourner en acheter demain. Le fait est que je pourrai retourner en acheter demain.

Confinement de Framboise

At home, D5

Aujourd'hui cela semble plutôt calme alentour... en moi aussi peut-être. Eu une amie au téléphone sur qui les soins envoyés à distance n'ont pas fait effet, car elle réagit plutôt au collectif. Alors, pour que cela fonctionne sur elle, j'ai étendu mon soin de guérison ... à l'humanité ; tant qu'à faire, autant élargir au plus grand nombre. Alors voilà... je partage avec mon peit groupe de co-auteurs préférés qui me fait grand bien.

Il m'est doux de vous lire chaque jour, comme un nouveau rituel précieux qui se met en place.

Je ris, je suis touchée, j'ai la larme à l'œil comme hier soir ; 'nous sommes UN' plus que jamais assurément et il est urgent que nous le comprenions, l'intégrions, l'incorporions.

Lumineuse soirée à chacun


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