Journal de Confinement - Jour 47

Un air de vacances ! Une communauté d'auteurs, confinés comme la totalité du pays, partagent leur ressenti, leurs occupations et leurs questionnements. Rejoignez-nous.

Journal de Confinement - Jour 47

Confinement de Marion

Nettoyage de printemps #5

Il y a quelques années, j’ai acheté chez Décathlon des sandales violettes, à scratch. Pratiques (j'étais dans ma période pratique). Ces sandales ne me plaisaient pas plus que ça. J'étais bien dedans, elles n’étaient pas chères, je ne les trouvais pas trop moches. C'était un mariage de raison.

Et puis j'en ai acheté une deuxième paire, les mêmes exactement, alors que je n’avais pas encore usé les premières. Avec l’idée que j’en avais comme ça pour plusieurs années de sandales devant moi (la manie des réserves).

Chez Décathlon encore, j’avais acheté, dans la même période, des tee-shirts tout simples, le tee-shirt de base, noir. Quatre d’un coup. Je pensais avoir ainsi intelligemment simplifié ma garde-robe et ma vie. Je me demandais pourquoi tout le monde ne faisait pas pareil. Quel besoin de claquer des sommes folles dans les fringues ? On avait tout sous la main chez Décathlon !

Assez vite, j'ai eu un retour de balancier, je ne mettais plus ni les sandales ni les tee-shirts. J’ai recommencé à tomber amoureuse d’une tunique, d’une paire de bottes.

L'autre jour, il a commencé à faire beau, j'ai cherché des chaussures d'été au garage ; j'ai exhumé ces sandales violettes presque jamais portées. Elles tombaient bien.

Au moment de les enfiler j'ai constaté que j'avais deux sandales droites.

J'ai beaucoup cherché, je n'ai jamais pu mettre la main sur un seul pied gauche.

Confinement de Floflo

« Je t'aime » est le nom d'un seigneur de guerre du nord kivu qui a rendu les armes il y a un mois. J'aimerais vous en dire plus mais je vous mets au défi d'apprendre quoique ce soit sur lui. En attendant je vous mets des trucs sur l'amour.

Aimons-nous, mon ange béni, il n'y a que cela dans la vie qui vaille la peine de vivre. Mais cela, c'est tout. [...] Je t'envoie ce mot qui est aussi un baiser, un mystérieux baiser de l'âme à l'âme : Je t'aime !

Victor Hugo

Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin
Je te cherche par-delà l'attente
Par-delà moi-même
Et je ne sais plus tant je t'aime
Lequel de nous deux est absent.

Paul Eluard

Doute que les astres soient de flammes,
Doute que le soleil tourne,
Doute que la vérité soit la vérité,
Mais ne doute jamais de mon amour!

Shakespeare

Confinement de Zewed


Confinement. Jour 48. Environ 19 heures au cadran. Je me douche et je vais faire quelques courses. Du saucisson, des chips, des bières, du vin, des tomates cerises, du thon, du saint moret et du tarama. Je reviens joyeux de ces victuailles qui s’en iront prestement.

Elle a déjà débuté les préparatifs.
La table basse est recouverte d’un sac de poubelle comme une nappe de protection. On ne sait pas si le stratagème fonctionne mais on lui fait confiance.

Le cocon est prêt à être partagé. Alors, on s’ouvre une bière. J’ai un jour entendu que la vie n’est rien d’autre que le bruit d’une bière qui s’ouvre. Puis on se regarde pour voir dans nos yeux la joie d’être la cause des prochaines heures. Et l’interphone sonne. Puis il sonne à nouveau. Et encore. Toute la soirée. Le volume sonore s’amplifie en même temps que notre ivresse et que notre nombre. Et puis ils dansent, et puis ils rient.

Et d’un coup, comme la fin d’une tempête, alors qu’il ne reste qu’une poignée de cette folle bande, elle s’endort sur le canapé, d’un sommeil de plomb. Elle dit même qu’elle n’y arrive seulement si elle est apaisée, auprès de gens qu’elle aime. Tout le monde s’attendrit et ils s’en vont à pas feutrés.

Plus tard, il ne reste que nous deux. Alors je fais le gros du ménage. J’essaye de ne pas la réveiller, et je m’en vais la rejoindre au pays des rêves, certain que notre réveil sera beau.

Confinement de Maillec

Il ne continuera pas, temporairement. Il dit ça, comme il dirait « bonjour » le matin, peut-être. Mais sait-il quel effet cela a provoqué en moi ? Ne se rend-il pas compte que je le crois !? Que sa parole a une puissance telle qu’elle influence mon humeur et parfois même ma façon de penser ? Evidemment non.

Soudain, mon cœur s’est serré. Comme un manège qui ne tourne plus : l’enfant pleure. Comme une promesse que l’on ne veut pas entendre. Comme une vérité qui démolit l’univers féérique que l’on s’est construit. Comme l’annonce d’une fin programmée que l’on n’a pas vu venir. Comme une injustice décrétée sans négociation possible. Comme un film où les méchants finissent par gagner. Comme une trahison que l’on ne peut pas désarmer. Comme une déception que l’on est obligé d’accepter.

Quand on est déçu, on espère. J'espère. J'attends. Le temps a montré qu'il continuera. Je reprends mon souffle.


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