Journal de Confinement - Jour 46

Une communauté d'auteurs, confinés comme la totalité du pays, partagent leur ressenti, leurs occupations et leurs questionnements. Rejoignez-nous.

Journal de Confinement - Jour 46

Confinement de Marion

Nettoyage de printemps #4

Les livres, il faudrait les ordonner un peu. Faire la liste de ce qu'on n'a pas lu ; ne plus acheter ; lire. Combien de temps je peux tenir avec tout ce que j’ai acheté et pas encore lu ? Des mois ? Des années ?

C’est pareil pour les produits d'hygiène, les savons, les crèmes. Combien j’ai de douches d’avance, avec mes réserves ?

Les médicaments. Ne pas avoir dans mon placard à pharmacie quatre boites de Doliprane ouvertes - qui en plus vont se périmer en même temps - parce qu’un jour j’ai eu peur de manquer.

Les carnets. Les carnets c’est sensible. Les carnets on n’en a jamais trop, me dit une petite voix, qui veut bien renoncer aux crèmes hydratantes mais pas à la papeterie.

Les stocks, il faudrait les épuiser, car les stocks nous épuisent. Il faudrait renoncer aux réserves, qui nous alourdissent, nous encombrent, nous endorment dans l’idée suffisante de notre auto-suffisance. Ce qui nous rassure, sédentaires que nous sommes, race d’Abel bien nourrie, c’est posséder, empiler dans nos maisons et nos greniers. Problématique abondance qui épuise le désir, et donc la créativité.

A ma courte honte, je dois avoir assez de foulards pour en changer tous les quinze jours pendant un an. Je n’ai pas encore trouvé de solution à cette manie d’accumuler.

“Mieux vaut faire envie que pitié”, répond l’imbécile. Vous savez, celui qui regarde le doigt…

Confinement de Zewed

Confinement. Jour 46. La vie est belle.

J’aime ma famille et j’aime mes amis. J’aime les fleurs de mon jardin et j’aime les oiseaux. J’aime le soleil et j’aime la pluie. J’aime boire de l’alcool et fumer des cigarettes. J’aime boire du thé et faire du sport. J’aime jouer aux jeux de sociétés et j’aime rire. J’aime parler et entendre. J’aime le passé et j’aime l’avenir. J’aime aimer et être aimé. J’aime les odeurs d’un feu de cheminée et celles de la mer. J’aime marcher dans la forêt et écouter ses bruits. J’aime m’émerveiller et j’aime m’ennuyer. J’aime le stress et l’apaisement. J’aime mes souvenirs et ceux qui ne sont pas encore nés. J’aime sourire aux gens et j'aime le niais.

J’aime vivre. La vie est belle.

Confinement de Maillec

Ne pas courir vers une explication simple, une solution toute faite, une réponse naïve. Il faut en avoir le cœur net. Cette expression pose question : qu’est-ce qu’en avoir le cœur net ?

Tel est le cœur de la question. Ça me tient à cœur d’y répondre. Inversement, ça me ferait mal au cœur de ne pas élucider la question. Je le fais donc de bon cœur, et espère de tout mon cœur y parvenir. L’exercice est périlleux, il faut avoir le cœur bien accroché. Il est aussi plus simple lorsqu’on le connait par cœur. Les réponses peuvent en effet être difficiles à trouver face à un cœur de pierre. Cela peut mettre un coup au cœur, et alors on en a gros sur le cœur ; on peut même se retrouver le cœur brisé. Ceux-là, on ne les porte pas dans notre cœur. Heureusement, on trouve de l’aide auprès de ceux qui ont le cœur sur la main, un cœur gros comme ça. Leur soutien va droit au cœur, il fait au chaud au cœur, il met du baume au cœur. A force de chercher, ce manège infernal me donne mal au cœur. Je vous le dis à cœur ouvert : je n’ai plus le cœur à l’ouvrage. Reprenez le flambeau, si le cœur vous en dit…

Confinement de Floflo

Une pièce après l'autre la tour s'élève. Au début je ne fais pas trop gaffe, il n'y a pas encore d'enjeux. Au premier signe de fragilité je m'affole un peu. Je replace tout doucement les pièces que j'avais négligé. La phase de construction peut reprendre, cette fois-ci je suis attentif. Ce n'est pas très compliqué mais ça demande de la concentration. Je pose sur la pointe des pieds encore quelques morceaux de bois. J'attrape une chaise et je continue la construction. Bien vite je vais chercher l'escabeau qui est dans la laverie. On me prend en photo avec la tour qui va bientôt atteindre le plafond. En haut j'ai le vertige, enfin uniquement si je regarde en bas pour me faire peur. Mais je m'en fous pas mal du bas, les pièces faut les poser en haut.

Je redescend pour aller cherche une poignée de kaplas lorsque sans raison la tour s'effondre dans un vacarme terrible. Je suis ravagé mais tout le monde a l'air content et applaudis. Je m'adapte.

Ils m'aident à ramasser le bazar, c'est sympa. Et puis bon je leur rendrai bien un jour. Parce que eux aussi ils construisent une tour, et eux aussi savent qu'elle doit s'effondrer. Ci-joint un rapport qui a le même âge que moi. Il n'a pas vieilli lui. Les rapports écologiques c'est comme les bébé à la naissance, ils sont moches et ils se ressemblent tous. Vivement qu'on applaudisse joyeusement tous ensemble.


Share Tweet Send
0 Commentaires
Loading...
You've successfully subscribed to Sous la Pluie
Great! Next, complete checkout for full access to Sous la Pluie
Welcome back! You've successfully signed in
Success! Your account is fully activated, you now have access to all content.