Journal de Confinement - Jour 42

Regardez au loin ! Une communauté d'auteurs, confinés comme la totalité du pays, partagent leur ressenti, leurs occupations et leurs questionnements. Rejoignez-nous.

Journal de Confinement - Jour 42

Confinement de Zewed

Confinement. Jour 42. Un ami m’a expliqué qu’il y avait 5 émotions primaires. La Tristesse, la Peur, le Dégout, la Colère, la Joie. Certains rajoutent également la Surprise. Seule la Joie est une émotion que l’on peut qualifier de positive.

Au même titre que les couleurs primaires, il est possible de les mélanger. Ainsi, la tristesse et la peur engendrent de l’anxiété. La joie et la tristesse, de la mélancolie. Et nous pouvons continuer à mélanger ces émotions, sans fin.

J’essaye d’identifier les émotions que je ressens. Elles sont toutes là. La tristesse en tant que manifestation d’une perte. La colère pour une gêne accumulée. La peur de faire mal ou de se faire du mal. Le dégout comme aversion des sens. Et la joie de revivre un jour l’affection, l’érotisme et la curiosité.

Elles se mélangent au point que je ne sais plus quoi en faire. Pardon, ce n'est pas tout à fait juste. Je sais exactement quoi en faire mais je suis pour le moment impuissant du fait des temps que l'on vit.  Alors je les laisse se déverser et agir sur moi sans que je ne leur oppose un seul obstacle. J’essaye de ne plus les analyser trop souvent, puisque mes analyses sont particulièrement fausses en ce moment.
Elles ont décidé de me mener la vie dure, soit, j’accepte.
Le moment venu, je reprendrai le contrôle.

Confinement de Marion

C’est un 28 mars que Virginia Woolf, n’en pouvant plus, a mis des pierres dans ses poches, et a marché vers la rivière. Pâques, le renouveau. Mais elle se sentait devenir folle. Désespérée, elle se suicide par noyade, à 59 ans.

Elle avait exactement mon âge quand elle a publié Une chambre à soi. Elle y écrit qu’avoir de l’argent personnel et une pièce dans la maison, un espace bien à soi, rien qu’à soi, sont les conditions nécessaires de l’émancipation des femmes. Sa famille appartenait à la « haute société » londonienne, et il y avait sans doute beaucoup de pièces dans les manoirs qu’elle fréquentait, qu’elle habitait. Au début du XXème siècle en Angleterre, dans ce milieu patriarcal et conservateur, ce n’était sans doute pas gagné, mais du moins c’était matériellement faisable, d’avoir une chambre à soi. C’était envisageable.

Il y a une certaine candeur dans le vœu de Virginia, une ignorance de ce que sont les conditions de vie et de logement de la plupart de ses contemporaines. Tout ça, c’est une histoire de privilégiées, est-on tenté de dire. Et tout ça c’est bien vieux. Pourtant la question soudain est d’actualité. Dans la France confinée de 2020, qui a une chambre à soi ?

Confinement de Maillec

L’absence de changement n’est pas problématique lorsque la situation est vécue comme étant non contraignante.

Ma vraie libération, tout du moins la plus immédiate et espérée, n’est pas le déconfinement.

Je me lève chaque matin de la semaine en redoutant le moment de me mettre au travail, d’ouvrir une énième fois ce fichier Excel, de constater à quel point je n’avance pas, à quel point je ne parviens pas à répondre aux attendes, à quel point je désespère de comprendre la logique qui doit guider mon travail, à quel point je me sens nulle. Pour autant, il est inconcevable d’abandonner.

La libération sera le moment où je me serai débarrassée de cette tâche fastidieuse et interminable. Seulement alors, je passerai à autre chose. A quelque chose que j’espère avoir moins de difficulté à réaliser et qui me procure une quelconque satisfaction, ou même de l’intérêt.

J’attends ce moment de soulagement ; ma libération émotionnelle et intellectuelle.

Confinement de Floflo

La lampe dessine sur le mur les troubles invisibles de l'air qui s'échappe de sa flamme. Un stylo roule régulièrement sur lui-même d'un tour ou deux, poussé par un courant d'air. Le vent peine à franchir les épais rideaux bruns qui isolent le bureau du reste du monde. Il impose par vague le froid glacial de la nuit. Les pages désordonnées sur le bureau tremblent à son passage. Les livres, à l'abri dans la bibliothèque, sont réduits à une seule histoire. Ils ne pourront jamais témoigner de ce qui vient de se dérouler ici.

Dans une ultime roulade le stylo tombe à terre. Les chocs des premiers rebonds projettent quelque gouttes d'encre. Au sol, le bois les absorbe rapidement. Une des projections cependant subit un autre sort. Elle vient tacher la main de l'homme qui, une minute auparavant, tenait le stylo. Par spasme, les doigts se resserrent sur le papier qui détient les dernières paroles de l'homme. La feuille s'imbibe peu à peu du sang répandu par terre. Nous sommes les derniers à pouvoir les lire. « Le second du Pharaon n'est pas mort. Venge.. ».

Le salaud a bien failli réussir son coup. Si on enlève les histoires aux livres ils n'ont plus rien pour eux. Et nous n'avons que les histoires pour nous. Bon débarras.

Confinement de Framboise

Framboise, at home D ?


Je perds la notion du temps horizontal et je trouve ça très intéressant. Je ritualise pourtant mes journées pour leur donner rythme et régularité, comme dans les postures de yoga. Pour autant, je ne sais pas depuis combien de temps nous sommes confinés et finalement.... est-ce là l'important ? Il convient d'apprivoiser cette expérience, pour la traverser au mieux. Et parlant d'apprivoiser, je me suis rappelée le passage du renard et du petit prince, dans le si beau conte d'A. de St-Exupéry. Je le partage avec vous, en espérant que vous allez au mieux. Mille pensées et énergies positives vers vous que je ne connais pas et que je lis avec bonheur.

Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n'ai pas besoin de toi. Et tu n'as pas besoin de moi non plus.
Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde...
Je commence à comprendre, dit le petit prince. Il y a une fleur... je crois qu'elle m'a apprivoisé...
C'est possible, dit le renard. On voit sur la Terre toutes sortes de choses...
(...)

Ma vie est monotone. Je chasse des poules, les hommes me chassent. Toutes les poules se ressemblent, et tous les hommes se ressemblent. Je m'ennuie donc un peu. Mais, si tu m'apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres me font rentrer sous terre. Le tien m'appellera hors du terrier, comme une musique. Et puis regarde ! Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c'est triste ! Mais tu as des cheveux couleur d'or. Alors ce sera merveilleux quand tu m'auras apprivoisé ! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j'aimerai le bruit du vent dans le blé...'


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