Journal de Confinement - Jour 41

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Journal de Confinement - Jour 41

Confinement de Marion

On n'est pas tous pareils, voilà ce que je m'étais dit en voyant s'éloigner ce mec qui marchait comme un vautour qui danse, près de chez Stéphanie Zély.

Après j’avais essayé de faire le net dans ma tête, entre “on est tous tellement pareil”, qui est vrai aussi, et “on est tous si différents”, que je venais d’expérimenter avec mon vautour, et ça m’avait donné la migraine.

Après, la chanson de Jil Caplan m’est revenue du fond des années 90 : Au nom de tout ce qui nous sépare. J’adorais cette chanson - globalement, j’adorais les années 90. Vous pouvez pas savoir, vous, vous n’étiez pas nés ; c’était avant le confinement. C’était quand j’avais vingt ans.

Là je viens de la mettre sur mon ordi, cette chanson ; je relis les paroles, elles sont assez banales, sauf “On s’fait plus grand chose quand on s’voit / On s’y brûle plus les doigts” qui est un peu douloureux. Je retrouve la sensualité appuyée de la voix de Jil Caplan, et le côté garçon manqué de sa dégaine me revient. C’est ce mélange que j’aimais, je crois.

Imperturbable, l’ordi enchaîne : la chanson suivante s’appelle “Natalie Wood”. Je ne sais rien de Natalie Wood, d’ailleurs j’ai dû vérifier l'orthographe sur internet. Mais ce nom, Natalie Wood, m’évoque toujours celui de Virginia Woolf, si proche que dans mon ignorance je les confondais autrefois (dans ma joyeuse inculture des années 90). Allez, demain : Virginia Woolf !

Confinement de Floflo

Le village a été frappé par une épidémie quelques années plus tôt. Fort de cet échec, ils ont aménagé une petite maison dans la vallée dans laquelle sont envoyés les malades dès les premiers symptômes.

Il s'est un peu défendu, assurant qu'il était fatigué plus qu'il n'était malade. Le médecin a rétorqué qu'en s'isolant, soit il protégeait le village, soit il pouvait se reposer et vivre une expérience d'introspection forte.

Au bout des quarante jours, il s'interroge. Qu'a-t-il vraiment appris... ? Il aime bien le chant des oiseaux, sauf celui des corbeaux. Il réfléchit mieux quand il marche. Parfois il va aux toilettes, pas tellement parce qu'il en a envie, mais plutôt parce qu'il ne sait pas quoi faire d'autre. Ce n'est plus une petite voix qu'il a dans la tête mais c'est une formidable assemblée. Il préfère quand il fait trop chaud que quand il fait trop froid.

Il est bien loin des leçons de vie qu'il attendait. La solitude commence à lui peser. Or il sait que c'est quand le combat commence que commence l'apprentissage. Lorsque le médecin revient le voir, il feint d'avoir une rechute et obtient quinze jours de plus. Youpi.

Confinement de Zewed


Confinement. Jour 41. Une erreur est un long chemin. Puisqu’à part par masochisme, personne ne se force à en faire. Elle n’en est jamais une tout de suite.

Il y a d’abord un déni. Puisque l’orgueil de chacun agit comme barrière.
Il y a ensuite la constatation. Probablement le moment le plus vertigineux. Celui où l’on tombe de haut et celui où on réouvre les yeux.
Il y a ensuite la culpabilité. C’est un sentiment douloureux, lorsqu’il est sincère. C’est le moment de la remise en question. Le moment où l’on regarde nos certitudes en doutant.
Il y a enfin l’acceptation. L’acceptation de soi. C’est une étape nécessaire. Fondamentale. La seule qui permette d’apprendre. La seule qui permette de ne pas se morfondre en regret. Mais si les étapes précédentes n’ont pas existé, alors l’acceptation est seulement un déni.

Le tout forme une erreur. Et une erreur ne doit être commise qu’une seule fois.

Confinement de Maillec

Je reçois avec excitation ma dernière commande. Je m’y mets. Avec des aiguilles de cinq millimètres de diamètre : une maille endroit, une maille envers… jusqu’à en avoir vingt-neuf. Le premier rang est fait. Et je poursuis, sur trente-cinq rangs environ. Je vérifie les mesures. Ma technique est bonne : j’obtiens le bon nombre de mailles et de rangs attendu pour réaliser dix centimètres carré. Puisque le compte est bon, je défais tout. Ce n’était que l’échantillon de test. Un test de deux heures et vingt-quatre mètres de laine. « Il faut aimer ça, quand même ». Oui, j’aime ça. Aujourd’hui je passe à la vraie version. Je pars pour un marathon de 1260 mètres. Seul le résultat compte, pas les heures.


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