Journal de Confinement - Jour 39

Sans un bruit ! Une communauté d'auteurs, confinés comme la totalité du pays, partagent leur ressenti, leurs occupations et leurs questionnements. Rejoignez-nous.

Journal de Confinement - Jour 39

Confinement de Marion

Qu’est-ce que je vais devenir si je ne les retrouve pas ? Je suis à peu près sûre de les avoir cachés dans la remise, mais quand on a dit ça… on n’est pas au bout de ses peines ! Je ne parviens pas à mettre la main dessus. J’ai cherché, oh, un peu, une fois ou deux, nonchalamment… Je ne sais même plus s’ils sont dans une boîte, un sac, une valise… je ne sais pas vraiment ce que je cherche, en fait. J’ai le trac à chaque fois que j’ouvre la porte de la remise.

Pour forcer le destin, parfois je dis tout haut que si je les retrouve je les vends, que je ne veux plus de ce fil d’inquiétude à ma patte. Que de toute façon je n’en profite pas puisqu'il faut toujours les cacher. Je pourrais acheter au moins une demi-voiture avec l’argent… Et je pourrais partir à moitié loin, sur le chemin que mes enfants petits appelaient Tahiti.

Mais qu’est-ce que je vais devenir si je ne les retrouve pas ? Une fille qui a perdu des milliers de dollars de bijoux... Du scandale et de la légèreté, voilà tout ce que j’aurai gagné. Mais non, je ne le dirai à personne ! Le scandale sera dans ma tête, à mon usage exclusif, il me tourmentera le soir. J’aurai pour toujours des colliers de rien, du vent à mes oreilles, un bracelet comme une plume.

La légèreté aura un charme fou.

Confinement de Zewed

Confinement. Jour 39. J’essaye de trouver la parade et de me convaincre que toutes mes analyses du futur sont fausses. Je prends conscience que l’on voit toujours la vie à travers un prisme, et que la même chose peut être interprétée de tant de manières différentes.
Parfois, ces projections me fixent dans un état que je mets beaucoup de temps à quitter, avant qu’il revienne à la charge quelques heures plus tard. Alors lorsque je me le permets, je rêve.

Deux âmes sœurs se vantent d’une belle soirée. Deux âmes sœurs virevoltent bras dessus bras dessous pour ne pas perdre l’équilibre. Ils fusionnent, se détachent et fusionnent à nouveau.
La nuit est tombée depuis quelques heures. Elle est témoin d’un amour naissant, fou comme la nuit.
Deux âmes sœurs s’en vont rentrer dans leur cocon. Un banc se propose comme escale, ils s’y octroient une pause. La nuit est douce et la Lune brille.
Deux âmes sœurs se regardent, et fou comme la nuit, oublient le monde pour en créer un autre. Ils fusionnent, se détachent et fusionnent à nouveau.

Ils sont magnifiques le soir.

Confinement de Maillec

Le travail, ce n’est pas l’emploi : l’emploi, c’est le chiffre du ministère ; le travail, c’est le contenu.

Le travail, ce n’est pas le dialogue social : le dialogue social, c’est le conflit politique visible ; le travail, c’est la régulation quotidienne des conflits et des aléas.

Le travail, ce n’est pas non plus de se crever à la tâche : la tâche, c’est ce qu’on doit faire ; le travail, c’est ce qu’on fait vraiment.

Le travail, ce n’est pas un salaire : le salaire, c’est la reconnaissance sociale et pécuniaire ; le travail, c’est ce qu’on réalise pour y prétendre ou y avoir droit.

Le travail est encore moins une tâche réalisée sans conscience ou volonté de bien faire : si non, le burn out n’existerait pas.

Le travail, ce n’est pas la santé : la santé se joue (aussi) dans et par le travail ; le travail doit être pensé pour favoriser la santé.

Le travail n’est pas un projet décrété et organisé « par le haut » : « le haut » oriente les idées, « le bas » permet leur réalisation, donc leur articulation et leur prise en compte est nécessaire tout au long du projet.

Le travail n’est pas une procédure prédéfinie est irrévocable : la procédure prévoit, le travail met en œuvre, gère et arbitre ce qui n’est pas prévu.

Je pourrais continuer, mais ces quelques exemples me semblent être suffisants pour comprendre que la question du travail n’est pas à prendre la légère. Alors, quand j’entends et lis ceux qui parlent de salaire sans comprendre que cela n’est qu’une partie de ce que je définis comme étant le travail, cela m’amène à penser : soit qu’ils n’ont rien compris mais se bercent d’idées « qui font bien » ; soit ils ont vraiment besoin d’aide, et alors je me sens aujourd’hui démunie de moyens pour rectifier le tir.

Le pire serait que rien ne change.

Confinement de Floflo

Rebecca traverse une dernière fois l'atlantique. Elle rentre en virginie, enfin. Elle se sent vieille pourtant elle n'a que 22 ans. Sa vie a été trop brutale. La toux ne suffit pas à la sortir de l'abrutissement causé par la fièvre. À travers l'ouverture elle observe l'horizon passer dans un sens, puis dans l'autre au rythme des vagues qui secouent le vaisseau. Cela l’écœure. Elle ferme les yeux et se réfugie dans ses délires.

Elle repense à son enfance, à ses proches, à ces forêts et ces rivières. Et son esprit oscille entre celui de la petite fille espiègle qu'elle était et celui de la femme qu'elle est. Selon le regard qu'elle porte, chacun de ses souvenirs est aussi bon qu'il devient mauvais. Son identité est partagée entre trop de pans de vie contradictoires. Elle n'arrive plus à se construire. La faute à ses trop nombreuses déconstructions. Elle ne croit plus en rien. Elle n'est plus personne et cela la terrifie. Cela la terrifiait. Sans âme, son corps est bien seul face à la maladie.

Mme Rolfe s'éteindra quelque jours après son retour. Nous retiendrons tout de même son surnom pour raconter une histoire moins sordide. Pocahantas.


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