Journal de Confinement - Jour 38

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Journal de Confinement - Jour 38

Confinement de Marion

Tu pars. Je dis "c'est un arrachement", et c'est vrai. C'est presque à tomber dans les pommes. Pour autant, je ne suis pas obligée de me penser en pauvre chose fragile : pour arracher il faut bien qu'il y ait une force qui résiste. Une force presque assez forte pour n'être pas arrachée.

"C'est un arrachement" signifie qu'on était liés : deux êtres avec le temps n'en faisaient plus qu'un. L'arrachement déchire, mais ne rendra à personne son unicité, qui n'existe plus ; la blessure est catastrophique, il y a de toi ici, de moi là-bas, ce sont les dégâts d'une bombe. L'être est fragmenté. Les bords de la blessure sont désastreux, les recoudre, c'est de la médecine de guerre.

Recoudre, ce ne sera pas recoudre bord à bord - on ne peut pas ; de l'autre on est détaché, éloigné, séparé -, mais bien recoudre soi avec soi-même. Recoudre, ici, c'est inventer de nouveaux motifs, tirer parti des dégâts pour créer les nouvelles bornes d'un nouveau territoire. Réparer, créer, renaître.

Beauté de la cicatrice, de la couture. Vieux pirate couturé jusqu'au cœur. C'est ce vieux pirate qui résiste en moi, respire en moi, se fait arracher la gueule à l'occasion, mais n'est pas une pauvre chose sans défense. Est même tout le contraire : un valeureux qui ne refuse pas le contact, un colosse qui te coupe le souffle quand il te serre dans ses bras. Et qui ouvre chaque jour les bras à un nouvel attachement.

Confinement de Floflo

Quelque part dans le XIIèmesiècle...

Il tire la couverture sur lui pour retenir ses rêves; en vain. La journée s'installe dans son esprit. Quelques oiseaux et le cours d'eau à quelque pas de lui l'appellent. Depuis la dernière hauteur de la région, il ouvre les yeux. Il surplombe des plaines noyées dans un épais brouillard. Quelques brins de forêts forment une archipel dans cet océan immobile. Le ciel en revanche bouillonne déjà, du rose au jaune le plus chaleureux. C'est la première fois qu'il peut voir ce lieu à la lumière de tous ceux qu'il a parcouru. Il se lève et réveille ses deux compagnons. Ils rassemblent leurs affaires et se partagent un morceau de pain. Ivre de vie, ils sont ces enfants qui disent au revoir à chaque bout de leur quotidien.

Comment revenir à leur vie d'antan ? À travers ce voyage ils ont ajouté trop de cordes à leur harpe. Il leur faudra du temps avant de trouver leur nouvelle mélodie. Mais les cordes sont bel et bien là. Elles sont autant de réponses aux obstacles à venir.  Ils le savent sans vraiment le comprendre.

Il tient dans ses mains son chapeau usé, sur lequel est attaché le coquillage. Il le pose religieusement sur sa tête et échange un sourire avec ses amis. Enfin, il fait le premier pas du dernier jour de son pèlerinage.

PS : Attention ! Aujourd'hui c'est très compliqué. Nous ne devons en aucun cas le faire par nous même. Dieu merci, il y a des agences de voyages :

Seule une agence spécialisée est à même de construire le projet, d'intégrer toute la dimension spirituelle du voyage tout en étant extrêmement responsable et professionnelle dans les aspects les plus concrets d'organisation, de confort et de sécurité.

Confinement de Maillec

Encore cet ancien « collègue de classe » : toujours aussi fier de lui, avec son langage bien choisi et ses idées façonnées. Il avait beau être délégué de la classe (là, je prends un coup de vieux), je ne lui faisais pas totalement confiance. Ça m’aurait semblé être une erreur. Je crois avoir raison.

Aujourd’hui, énarque et médiatisé, il prêche sa bonne parole. Je ne dis pas qu’il a tort. Mais son discours est tellement limité : ça me met en pétard (#jour32). Comment est-il possible de défendre (seulement) une augmentation de salaire comme seule reconnaissance des premiers de cordée, comme il les appelle ? Cela revient très exactement à croire et à diffuser l’idée que le fait de « donner » 300 putain-de-balles à des gens constitue la seule et vraie reconnaissance d’un métier, d’un engagement intime, professionnel et quotidien, d’un savoir-faire, de la qualité du travail réalisé, d’un équilibre… d’un bien-être… ??

Je voudrais secouer ces bien-pensants : est-ce là l’action que je devrais mener ? C’est plus ou moins prévu. Avec « d’autres », nous préparons une tribune pour mettre en débat certaines questions qui se posent aujourd’hui. Nous ne sommes pas omniscients. Loin de là, et d’ailleurs, nous sommes fiers de porter un point de vue : celui du travail et de ceux (tous niveaux hiérarchiques et socio-professionnels confondus) qui le réalisent.

Suite demain.

Confinement de Zewed


Confinement. Jour 38. « Tout le temps perdu ne se rattrape guère ». Cette flèche a atteint ma poitrine. Elle a sorti tout l’air de mes poumons et j’ai du mal a respirer. Et puis les injonctions à accepter les leçons reçues par le temps me froissent et m’irritent.

Une petite voix en moi me dit qu’un beau jour, ou peut-être une nuit, je serai plus fort des ces apprentissages. Qu’ils constitueront à eux seuls un rempart contre la folie d’un instant. Je suis terrifié par les regrets, alors je vais devoir modifier mon rapport aux heures.

Une petite voix en moi me dit qu’un beau jour, ou peut-être une nuit, nous déambuleront dans les rues de Paris, et irons voir ensemble les jardins refleuris.

Confinement de Fanette

C'est le moment, après le déjeuner, de prendre le café.
Il fait beau, la lumière est belle, l'atmosphère douce,
C'est décidé, ce sera une pause café coté jardin.
Je savoure le calme et ce silence propre au confinement,
cette sensation que le monde chuchote,
que nous sommes revenus à l'époque du cheval.

Et tout à coup un bruit, lointain, puis en quelques secondes très proche ;
Un bourdonnement, auquel s'ajoute un mouvement,
Un ballet, incroyable, de dizaines, de centaines puis de milliers d'abeilles ;
Ça vole dans tous les sens, de façon complètement désordonnée ;
Ces abeilles ont l'air complètement perdues, paniquées,
Elles avancent, reculent, se déplacent dans le jardin voisin, reviennent.

Et ces vibrations du battement des ailes
qui pénètrent jusqu'au cœur de mes cellules,
Je deviens abeille. Je suis le bourdonnement.

Puis en quelques secondes, plus rien,
Comme si cela n'avait pas existé.

Est ce que notre sortie de confinement ressemblera à cela ?


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