Journal de Confinement - Jour 37

Seuls dans nos îles ! Une communauté d'auteurs, confinés comme la totalité du pays, partagent leur ressenti, leurs occupations et leurs questionnements. Rejoignez-nous.

Journal de Confinement - Jour 37

Confinement de Marion

Face au mur #13

Me lever, mettre mes chaussures, attraper des lunettes de soleil ou enfiler un coupe-vent, selon que le déclic aura lieu un vrai jour de printemps ou un gros jour de pluie.

Me lever de ma chaise, éteindre la musique, la lumière, fermer l’ordinateur, reboucher les stylos.

Me relever de treize jours de mur, déplier mes muscles rigides, mes doigts un à un desserrés et faire craquer ma nuque.

J’ai vécu treize jours loin des gens, près des mots de matin en matin.

Sortir.

J’étais bien là, et puis moins. J’ai envisagé d’autres énumérations. Les musiques que j’écoute, les livres que je lis, les objets sur le bureau. J’ai eu ce genre d’idées psychorigides. Egocentrées. Sans y trouver mon compte.

Renoncer.

Stopper le décompte, abandonner le jeu, trahir votre confiance.

Inventer d’autres lois. Régler mes jours d’une autre façon. Raconter d’autres choses. Faire éclater le mur. Mettre le feu là.

Cesser de me défendre. Accepter d’être comme les gens, brailler moi aussi pour que ça s’arrête.

Respirer.

Je ferai d’autres pactes , j’aurai d’autres quatre-heures, d’autres douceurs, je verrai du pays. Je serai bien.

Sortir.

(… et ne pas oublier de remplir une attestation)

Confinement de Maillec

Elle me jure que cette période de confinement l’a changée : c’est décidé, elle cessera d’être envahie par le besoin d’avoir un (des) homme(s) dans sa vie pour combler son besoin d’être aimée ; elle sait qu’elle n’a besoin de personne pour mener sa barque ; elle a appris à s’aimer, elle.

Deux choses :

Je ne suis pas convaincue. On dit que le naturel reprend le dessus. Quand on est une âme sensible et éternellement en peine d’amour, pas si sûr qu’un mois de solitude forcée soit un changement si puissant qu’il refoule définitivement un besoin vital… celui d’être remplie par l’attention, la reconnaissance et le désir des autres.

Je ne sais pas comment elle fait. Pour ma part, je n’ai absolument pas (pris) le temps ni l’envie de me remettre en question. Restons dans le thème : la vie sentimentale. J’ai une vision bien définie de la chose, et ce n’est certainement pas le confinement qui va m’en dissuader. C’est toujours (disons « trop souvent », pour ne pas blesser les lecteurs de type fleur bleue) une histoire de mensonge. En bref, je n’ai pas l’intention de croire que l’amour est beau et éternel. Plus on y croit, et plus : option 1, on est aveugle ; option 2, on se fait du mal.

Pour ma part, rien ne change.

Confinement de Zewed

Confinement. Jour 37. Je me réveille la tête dans le brouillard. Mes yeux prennent leur temps pour décider de se décoller. Lorsqu’ils y arrivent, la lumière m’agresse d’abord avant de me caresser. Je bois du café, du thé, à foison. Aujourd’hui, j’ai décidé d’être doux avec moi. De toute façon, mon corps me le réclame.

Les souvenirs de la veille se mélangent entre bières, vins, rires, pleurs, et une partie de Monopoly pour une fois emballée. Il y a eu de la musique aussi, la notre et celles des Autres.

Mon cours en Visio-conférence me laisse impassible. Je suis rassuré, je n’ai pas changé entre hier et aujourd’hui. J’en profite pour faire un état des lieux. Ma bouche est un cendrier, ma tête a accueilli un marteau fou et quelques courbatures me font sentir un peu lourd. Je connais les symptômes. Je les aime. Je les accueille. Mes pensées sont pour le moment anesthésiées et c’est tant mieux. Je me convainc de ne pas trouver la parade dans l’alcool, mais je sais que cette solution ponctuelle existe.

C’est un mercredi au ralenti.
C’est un mercredi en gueule de bois.

Confinement de Floflo

-Vas-y reprends j'ai rien compris.

-Ok le mec a eu quatre fils avant de décéder.

-Ouais.

-Dont un qui meurt à la guerre et qui laissent trois fils. Ils ont quatre, sept et dix ans.

-Tu me gaves avec tes infos qui servent à rien, ça me perd.

-C'est plus dramatique. Bref la grand-mère prend sous son aile les trois petits garçons.

-Ok la meuf du mec qui décède à la base.

-Voilà.

-Enchaîne avant que j'oublie.

-Eh bien les oncles de ces trois gamins, ils le sentent  mal. Donc ils disent à la grand-mère de leur envoyer les enfants. Une fois qu'ils les ont ils lui demandent, « qu'est-ce que tu préfères ? Qu'on les tonde ou qu'on les tue ? ».

-… Quoi ?

-Et elle répond qu'elle ne veut pas qu'ils soient tondus.

-… Quoi ?

-Un des oncles en poignarde un. Ensuite un des enfants fait pitié à l'oncle qui n'a tué personne. Il dit à l'autre de se calmer. Mais l'autre part en vrille et bute le gosse quand même. Et après il tue d'autres personnes autour.

-Mais il en reste un ?

-Ouais. Et celui-là, il devient moine et il crée Saint-Cloud.

-Super. Donc si il avait buté le gosse, on aurait pas eu Le Pen ?

-Ouais ou si les oncles avaient juste tondu leur neveux.

-Ce soir j'applaudirai les coiffeurs...

-Finis déjà ma coupe, j'ai l'air d'un con là.

-Tu sais à quoi ça me fait penser ?

-Si ton tonton tond ton tonton ?

-Ouais...

Confinement de Fanette

Le challenge du jour, ce ne sont pas deux cents mots, ni même cent, ni cinquante;
C'est faire tenir l'essentiel en quelques mots.

Le Haïku est un poème japonais composé de trois vers.
Élaboré sur le rythme 5 / 7 / 5, il retranscrit la beauté fugace d'un instant de vie;
il exprime un sentiment éphémère mais fort.
Bref, c'est la frugalité par excellence !

En confinement
Mon corps  dans ma maison  
Mon esprit voyage


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