Journal de Confinement - jour 36

Regardez d'en haut. Une communauté d'auteurs, confinés comme la totalité du pays, partagent leur ressenti, leurs occupations et leurs questionnements. Rejoignez-nous.

Journal de Confinement - jour 36

Confinement de Zewed


Confinement. Nuit 36. Ça le gratte, ça le démange. Il en oublie tout, il n’a qu’une seule chose en tête, soulager ses démangeaisons. Le Monde n’existe plus, et il a oublié que le Monde, c’est les Autres. Rien d’autre ne compte que son propre mal être. Alors il détruit tout sur son passage, à grand coup d’indifférence.

Il se gratte frénétiquement, il est aveuglé par lui même. Il ne voit plus nul part son reflet. Il s’en fiche et il file à toute allure sur un manège en forme de montagnes russes.


Puis vient un moment où les démangeaisons disparaissent. C’est pas à pas, c’est doux. Sa blessure est encore vive mais il ne la sent plus. Et un matin, il revient à lui. Sa lucidité surgit, soudainement, en fracas. Alors il pense enfin à regarder derrière et autour. Il constate les dégâts. Il ressent les autres enfin, il la ressent enfin. Alors évidemment, il panique, il refuse la réalité. Il voit des larmes séchées sur le sol mais elles s’évaporent déjà.

Il se pince pour se réveiller. Il ne se réveille pas.

Confinement de Maillec

Pourquoi j’écris ? Pourquoi chaque jour, même lorsque j’ai l’impression de n’avoir rien à raconter ? Pourquoi ça paraît parfois comme une obligation de continuer ?

Tout ne tient pas à ça, mais je crois qu’il y a une part de manipulation, c’est-à-dire la capacité à employer des moyens permettant d’influencer les idées ou d’infléchir des comportements tout en laissant la victime dans un sentiment de liberté d’action. Je me serais alors auto-manipulée. Il est donc question de psychologie sociale, plus précisément de manipulation de l’engagement. Quatre facteurs le favorisent :

1) S’il est public, l’engagement est plus fort. Or, j’écris tous les jours sur un blog accessible « à n’importe qui », donc public.

2) Plus un comportement est produit, plus il est engageant. Cela fait déjà 15 jours que j’écris, autant d’opportunités de répéter un comportement dont l’engagement est grandissant.

3) Plus on se sent libre, et plus on est engagé. Rien ni personne ne m’a obligé à le faire.

4) Moins il y a de justification – par une récompense ou une punition – à l’acte, et plus on est engagé à le faire. Je ne crois pas être congratulée ou punie par cet acte.

C’est au moins une raison logique qui tient en 200 mots.

Confinement de Floflo

Le maître au cœur tendre rechignait à tuer le benêt. L'esclave qui se cache derrière un éminent tarin circulaire est sympathique mais franchement pas très dégourdi. Les années passent sans que le drôle n'offre d'occasion au maître de l'affranchir. Lorsque enfin, il escroque par inadvertance un marchand et économise quelques pièces à son maître celui-ci déclare qu'il s'est ainsi racheté. Bien sûr cela ne tient pas debout. Alors il prend ses jambes à son cou et part en laissant là le reste.

Tenir son destin c'est bien, mais faut-il avoir envie d'en faire quelque chose. Après s'être tourné les pouces, il décide de le remettre entre des mains plus expertes. Malgré une résistance naturelle évidente à l'apprentissage, il a tout de même été contraint d'apprendre bien des choses. Fort de ce savoir il est reçu chez les vigiles de Rome. Prévenir les incendies dans la cité, ça l'embête, la responsabilité l'écrase. Faire la police en revanche... une tâche sur une tâche, le tableau est en avance sur son temps.

Une nuit, il réquisitionne dans l'exercice de ses fonctions une amphore pleine de vin. Il compte bien la remplir d'eau mais part en premier lieu à la recherche de quelques vérités. De retour vers sa caserne, il tient l'amphore dans une main et une torche dans l'autre. Son équilibre est fragile et tant va la cruche qu'à la fin elle se brise. La torche fait son travail, l'amphore consciencieusement vidée n'a que peu d'intérêt.

Nez rond, nez rond, gros con. Bientôt, un autre, ramasse le pot cassé.

Confinement de Marion

Face au mur #12

Je ne suis jamais allée à « Bulles en Hauts de Garonne ». J’ai pris un jour quelque part le flyer du 15ème festival (9-10 avril 2016). Sur fond noir, un personnage du genre de ceux de Marjane Satrapi semble rêver, quelques petites étoiles et ressorts autour de sa tête nous l’indiquent. Il est paisible, les yeux fermés, mais ses cheveux sont bouclés de colimaçons noirs et blancs psychédéliques, un peu comme les yeux de Kaa, le serpent. Et tout le texte (le nom du festival, la date, le lieu)  a été mis en rose et orange dans une police qui fait très « comics » (je viens de chercher, ça s’apparente assez à Harlow Solid Italic). Je ne me souviens pas d’avoir envisagé à l’époque de me déplacer pour visiter ce festival. J’ai gardé le flyer parce qu’il était beau, et je l’ai patafixé parce qu’il restait de la place sur le mur. Plus exactement j’ai prolongé le mur sur la gauche, j’ai gagné du terrain au-dessus du canapé. J’ai toujours trouvé qu’il y avait trop de monde dans ce genre d’événements. Aujourd’hui j’aimerais beaucoup être comprimée au milieu d’une file d’attente.

Confinement de Fanette

Pendant l'hiver, l'invisible.
Chaque plante se prépare,
secrètement, silencieusement.
Et puis avec le printemps,
la floraison, le visible.
La nature revêt ses plus beaux atours,
des plus tendres aux plus délicats,
des plus vifs aux plus colorés.
Tout est légèreté et pureté.
Et puis le déploiement, l'éclosion ;
Dans chaque plante un univers, une histoire,
la persévérance, la sagesse et la patience.
La connaissance aussi.
Aujourd'hui était un jour de confinement, d'hiver.
J'ai hâte d'être à l'été, de cueillir, de chanter et de danser.


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