Journal de Confinement - Jour 35

Que la nature est belle ! Une communauté d'auteurs, confinés comme la totalité du pays, partagent leur ressenti, leurs occupations et leurs questionnements. Rejoignez-nous.

Journal de Confinement - Jour 35

Confinement de Zewed

Confinement. Nuit 35. Le jour est tombé depuis longtemps déjà. Alors j’écris au beau milieu des ombres, qui m'obligent à affronter ce qu’il y a en moi. A quoi bon refréner toutes les pensées douloureuses la journée si elles me narguent la nuit.

Je comprends que le cerveau est un étrange organe qui à sa guise peut agrandir le monde et le champs des possible autant qu’il peut tout enfermer en dehors d'un labyrinthe sans issu. Moi, comme un con, petit face aux murs, je cherche toutes les nuits une issue. Je m’acharne, je retourne le décor dans tous les sens mais je ne vois pas de sortie. Et les rares fois où une porte se dessine, je ne trouve pas la clef. C’est terriblement frustrant.

Je n'en suis pas tout à fait sûr, mais j’ai parfois l’impression que l’on me souffle de m’assoir en tailleur et de fermer les yeux en attendant que le labyrinthe disparaisse de lui même. Impossible.

Alors je m’allume une cigarette, histoire de libérer un peu de sérotonine. Puis c’est un geste que je maitrise, je vous l’assure, et je reprends un peu le contrôle. Je me convainc d’aimer à nouveau la nuit. J’ai souvent entendu qu’elle portait conseils. Qu’ils viennent, je suis prêt.

Confinement de Floflo

390 av. JC...

Le vent hurle et secoue les quelques arbres de la plaine. Les herbes hautes s'agitent férocement comme les vagues au cœur de la tempête. L'air est lourd, lourd de menaces et de promesses funestes, il transporte les clameurs des guerriers. Les rafales décrochent les larmes qui montent des tripes de ces hommes libres. D'un pas décidé, entouré de leurs frères, ils progressent vers l'ennemi. Ils vont déchirer le silence et les corps de ces hommes à coup de croyances. Ces croyances qui les rendent immortels parce qu'ici les corps peuvent tomber mais les âmes sont l'héritage des survivants. Ils frappent leurs boucliers aux rythme des chants de leurs pères. Les combattants  avancent, et leurs grondements ébranlent la plaine plus brutalement que les coups de tonnerre.

À la tête de cette meute, il est ivre de rage. Il ne sent pas le vent glacial qui saisi son torse nu. Il est aveuglé par la violence des images qui défilent devant ses yeux. Son âme est aspiré par l'horreur qu'il va fièrement déchaîner dans les rangs des soldats terrifiés à quelques mètres de lui. Les cris de la bête qui l'habite ne sont plus contenus. Son hurlement galvanise et un écho surpuissant s'élève. Il perd la raison. Il lève son arme. Le combat commence.

Voilà le visage des gaulois qui ont traumatisé Rome avec leur vae victis. Puis malheur aux vainqueurs.

Confinement de Maillec

Sept filles. Enfin, sept femmes.  Sept amies. Leur chemin s’est croisé simultanément au moins une fois, en 2015. Toutes étaient en thèse. Le début d’une aventure pour certaines, la fin pour d’autres. Depuis, elles gardent contact, de façon plus ou moins régulière. Aujourd’hui, elles se sont donné rendez-vous pour une heure et demie de partage.

L’une d’elle est en confinement avec son copain, avec qui elle est depuis tout juste deux mois. Se pose la question d’un équilibre à trouver dans une relation nouvelle et accélérée. Une autre est confinée dans un petit appartement parisien. Elle entend tout ce qui se passe chez son voisin. Parfois, c’est croustillant, d’autres fois, c’est insupportable. Une autre encore, profite de son jardin et de passer du temps avec son conjoint, qu’elle semble espérer voir plus souvent d’habitude. Deux d’entre elles sont enceintes. Elles exposent – furtivement mais non sans plaisir – leurs rondeurs. Elles ont faim, mais tiennent l’heure et demie parce qu’elles sont heureuses d’échanger. Une autre évoque son changement de vie professionnelle. La dernière est à l’autre bout du monde, partie vivre une aventure professionnelle pas toujours exaltante mais qui s’avère acceptable parce qu’elle lui permet de découvrir un ailleurs avec son cher et tendre.

Le bilan est bref à résumer, mais le plaisir de se « retrouver » est grand. Le prochain rendez-vous est prévu dans deux semaines. Un temps possiblement suffisant pour avoir de nouvelles histoires et anecdotes à se raconter.

Confinement de Fanette

Dirige ton regard à l'intérieur, et tu trouverasDes milliers de régions encore inexplorées.Découvre les et deviens expert en cosmographie personnelle.Henri David THOREAU , Walden

Oui, c'est sûr, par les temps qui courent, le confinement donne la part belle à la possibilité de diriger son regard à l'intérieur. Qu'on en est ait envie, ou pas.Finalement ça me plaît bien moi cette idée de devenir expert, hé hé, ça claque !
Et même ça brille, ça pétille, ça flamboie.
Je vois déjà ma nouvelle carte de visite : Fanette, experte en cosmographie personnelle !

Expert en cosmographie personnelle, .... heu ça claque un peu moins peut-être ?
Et pourtant, cosmographie, c'est un joli mot, plein de promesses, une belle ouverture aux voyages ; et pourquoi pas intérieurs finalement.
L'inexploré, toutes ces régions dont il est question plus haut, c'est lune porte ouverte sur la curiosité, ou une fenêtre, que dis je une baie vitrée, sur la fantaisie !

J'y cours, et promis, lorsque j'aurai obtenu mon titre d'expert je le partagerai :)

Confinement de Marion

Face au mur #11

Trois idéogrammes tracés au stylo-bille bleu sur un vieux Post-it empoussiéré, délavé par le soleil. Et au dessus, mon prénom en lettres capitales. C'est un ami chinois de Magali – elle venait de me le présenter - qui avait fait cette transcription pour moi. Plusieurs traces de plis témoignent que le rectangle jaune a rejoint le mur en transitant par une de mes poches. Il y a peut-être même été oublié quelques temps ; il aura échappé de justesse à une lessive, puis à la poubelle de la cuisine pour atterrir là, face à moi aujourd'hui.

Je cherche, je reconstitue. Ce dîner est tellement ancien que j'ai quelques raisons d'envisager que le Post-it chinois soit le premier élément que j'aie appliqué sur ce mur. Celui qui, posé là sans trop y penser, négligemment, a enclenché le phénomène. Posé là, juste au-dessus du bureau, dans mon champ de vision quand je lève les yeux de mon ordinateur, vénérable ancêtre de tous les autres. Plus qu'aucun d'entre eux, il a son mystère, sa question sans réponse : c'est exotique de voir son nom écrit en mandarin, mais aujourd'hui, j'aimerais me souvenir du nom de l'ami de Magali.


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