Journal de Confinement - Jour 34

Un Dimanche tranquille ! Une communauté d'auteurs, confinés comme la totalité du pays, partagent leur ressenti, leurs occupations et leurs questionnements. Rejoignez-nous.

Journal de Confinement - Jour 34

Confinement de Marion

Face au mur #10

Première occupation du matin, je scanne le mur devant moi, et un espace blanc attire mon regard. Quelques centimètres plus bas, un faire-part a atterri dans un trieur de courrier, tout droit, et trois visages me fixent, mi-rêveurs mi-moqueurs. Céleste, Mahaut, Tristan m’annonceront, si j’ouvre la grande carte pliée en deux, la naissance de leur sœur Blanche. Je décide de déroger à la Loi, ne pas retourner les éléments du mur, puisque celui-ci l’a quitté. J’apprends que Blanche vient d’avoir sept ans.

Stéphanie, sa mère magnétique, aimante mon amitié depuis si longtemps. On ne compte plus. Elle vit à Bruxelles, et le confinement ne nous sépare pas davantage que l’éloignement, d’habitude.

Combien de temps le faire-part peut-il rester là, échoué, comme disgracié, au pied du mur, avant que je n’intervienne ? Pour le recoller ? Deux moches traces de Patafix jaune restées en place m’y invitent. Mais n’est-ce pas l’occasion de le mettre de côté, de faire de l’espace et de l’air ?

C’est possible ; c’est sans danger, le lien est là. Et maintenant j’ai envie de parler à Stéphanie, de lui écrire… Je vous quitte, j’ai à faire sur Messenger.

Confinement de Fanette

Un dimanche sous la pluie, et un dimanche souslapluie :)

Ce matin la présence discrète et légère du papillon se glisse un peu partout : en photo sur la couverture d'un livre, sujet d'un article, devant la fenêtre etc...Quel est le message ?

1 - La théorie du chaos : le simple battement d'ailes d'un papillon peut provoquer un tsunami à l'autre bout du monde.En ces temps de pandémie forcément ça interpelle.

2 - Ou alors le papillon comme symbole de l'âme : tout comme la chrysalide devient papillon,l 'esprit illimité peut s'échapper d'un corps bien délimité.Message : utiliser son esprit pour se dé-confiner ? Ou quoi d'autre ?

3 - Ou le papillon métaphore du changement, de l'évolution : l'œuf ( j'ai une idée), la larve ( qu'est ce que je décide) la chrysalide ( je prépare mon projet), le papillon (je passe à l'action).

Message : préparer l'après confinement ? Et plus encore, le reste de ma vie ?Tout un dimanche sous la pluie pour y réfléchir ... ça ne va pas être de trop

Confinement de Litilesiou

Encore quelques minutes. Ses poumons crachent leur poison, ses jambes se raidissent sous le poids de la fatigue, son dos s'apprête à lâcher, écrasé par le chargement qu'il transporte. Il jette un œil à sa montre, il lui reste 12 minutes avant le levé du soleil. Ça va être short...

A 2 kms de là, Flifli attend nerveusement. Les premiers rayons consument lentement ses dernières certitudes. Qu'est-ce qu'il fabrique bon sang...

La porte s'ouvre violemment. Flifli se précipite vers l'entrée pour reboucher l'ouverture.

« Tu as été brulé ? »

Gisant sur le sol, Toto peine à reprendre son souffle.

« Je crois que ça va »

Son cousin l'aide à se relever et se laisse tomber dans ses bras, son regard se posant sur le baril d'eau resté à l'entrée.

« J'ai pu en remplir la moitié, il va falloir rationner. Les saltrades ont multiplié les attaques ces derniers jours. Résultat, deux fois plus de flics rodent. »

Flifli ne peut retenir un soupir. Il va falloir retenter un raid à la nuit tombée. Il s'affaisse dans son lit et attrape le carnet sur son étagère de fortune. Comme chaque jour, il replonge exactement 50 ans en arrière.

« Il raconte quoi aujourd'hui papy ? »

« Alors... Vous êtes aussi vulgaire que mon compte twitter. Vous êtes la vérité ! » s'exclame Trump en arrivant. »

« Trump ? »

« Ouais. T'sais le rouquin débilos qui faisait n'importe quoi »

« Ah, si tu le dis... vas-y reprend... »

Confinement de papy Floflo

« Vous êtes aussi vulgaire que mon compte twitter. Vous êtes la vérité ! » s'exclame Trump en arrivant. Personne ne le comprend, le dollar n'existe pas encore. Enthousiaste devant leurs mines déconfites, il ajoute qu'ils ne doivent pas s'inquiéter puisque lui même est parti de rien. Mais toujours cette barrière de la langue... Tant mieux, c'est un mur de moins à construire. Il est quand même chagriné à l'idée de devoir leur expliquer pourquoi il a tous les droits dans cette dictature. Il se reprend. S'il agit comme si cela lui était dû, personne ne lui reprochera.

Heureusement qu'il est là pour leur imposer le progrès. Donald se frotte les mains. Ils ne pourront pas résister à un lit king size et à une Winchester 73 plus de 30 millénaires en avance. D'ailleurs, il se souvient et déclare qu'on est en 73 pendant Donald Trump.

S'il abandonne bien vite cette histoire de lit parce que ses hommes ne tiennent pas en place, il peaufine en revanche sa carabine. Fin prête, il trépigne en imaginant la prochaine partie de chasse.

Mais la réalité dépasse la fiction, point de traque le lendemain, mais une guerre de tribus. Il abat un ennemi dans un coup de tonnerre. Son voisin, terrifié par le bruit lui fend le crâne en deux.

Peut-être qu'au lieu de de remonter dans le temps pour abattre les fielleux de l'Histoire on pourrait les y envoyer ?

Confinement de Zewed

Confinement. Jour 34. C’est une sensation puissante de savoir ce que l’on veut. Et quand je dis savoir, c’est sans l’once du moindre doute. Biensur qu’il faut douter, mais je crois que c’est seulement un moyen pour réussir à ne plus le faire. J’ai assez douté pour pouvoir maintenant affirmer.

Tout ça est accompagné d’une sensation d’impuissance, puisque justement nous ne sommes pas tout puissant. C’est probablement cette humilité là qui est la plus difficile à acquérir.

Alors en quête de temps moins long, je guette plus que jamais ce qui fait disparaitre les heures. Puis lorsqu’un sortilège ne fonctionne plus, je m’en vais à la recherche d’un nouveau. Aujourd’hui je vais passer du temps à regarder par la fenêtre, puisque d’ici la vue est infinie et que l’on ne s’ennuie pas à contempler.

La progression est lente, mais le compte à rebours est tout de même enclenché. Il ne me reste plus qu’à réussir à ne pas trop le regarder.

En tout cas aujourd’hui, je suis fier de pouvoir dire que je sais ce que je veux.

Confinement de Maillec

Il prend trop de place parfois dans mon esprit et dans mon corps. Heureusement, il se fait rare. Dans mon esprit, il installe un vide, comme un arrêt mécanique et psychique. Soudain je prends conscience que ma raison existe et qu’il n’y a plus rien pour l’alimenter d’idées. Celles-ci ne peuvent plus être puisque leur source même a disparu. Dans mon corps, il se traduit comme une lourdeur anesthésiante. C’est alors que je ne sais plus quoi en faire, que mon corps semble être de trop, qu’il n’a plus de fonction. Je suis démunie de tout objectif ou envie. Il empêche un fonctionnement habituel, logique, utile, orienté, adapté, efficient. Je déteste l’ennui.


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