Journal de Confinement - Jour 33

Un parfum d'été ! Une communauté d'auteurs, confinés comme la totalité du pays, partagent leur ressenti, leurs occupations et leurs questionnements. Rejoignez-nous.

Journal de Confinement - Jour 33

Confinement de Zewed

Confinement. Jour 33. Après avoir mis au point le passé, voilà venu le temps des projections futures. C’est je trouve beaucoup plus délicat.

Si l’on dit vrai la théorie selon laquelle nos visions d’avenir sont modélisées en fonction de notre état actuel, on peut alors expliquer pourquoi mon après ne se dessine qu’en gribouillis.
 C’est aussi vrai pour le passé, puisque notre état actuel joue un rôle majeur dans le choix des souvenirs dans lesquels on va piocher pour le rassembler.

Je ne trouve donc refuge ni dans le passé, ni dans le futur. Le trousseau de clef est dans mes mains, mais j’utilise les mauvaises en forçant la serrure comme un acharné. Je n’ai pas encore accepté d’avoir perdu la bonne clef, puisque je n’ai pas fini de la chercher. Il me reste une ou deux poches à fouiller mais je retarde le moment où la sentence tombera.

En tout cas, je suis perdu et je ne sais plus si la vie n’est qu’une accumulation de souvenirs ou bien simplement la maitrise du moment présent.

Confinement de Maillec

C’était un jeudi ; ou bien un vendredi. Il n’attend pas. Il sait qu’elle va venir, plus tard dans la soirée. Il utilise les quelques produits frais qu’il reste dans le frigo pour préparer à dîner. L’odeur du plat embaume la cuisine. Comme il fait bon dehors, la porte-fenêtre est ouverte. 21h37 : « je pars du boulot ». C’est le signal pour se tenir prêt : ne pas être seul ce soir. Il prend une douche et range les quelques affaires qui traînent dans l’appartement. Trente-cinq minute plus tard, elle arrive, le sourire aux lèvres. Ils dînent et boivent quelques verres. Du whisky pour lui, du vin rosé bien frais pour elle. Ils se racontent les derniers jours passés. Ce récit banal les amène ensuite à se raconter, à confier des inquiétudes, à débattre de l'actualité, à parler d’un soi plus intime, de souvenirs d’enfant et d’ado, de sa famille et ses coutumes, de son éducation. Un peu tout et rien, dirait-on. Mais en fait, c’est important. Ces échangent continuent de construire une relation de confiance. Elle restera dormir. C’était prévu. C’est comme ça chaque fois. Et parce que ces moments sont importants, le confinement n’y fera rien : ils continueront de se voir chaque semaine. Rien ne changera.

Cette histoire est un mensonge. C’est l’histoire d’un mensonge. C’est une histoire de mensonges.

Confinement de Litilesiou

Acte III – Le passé

Le plus piquant. Il y a ceux qui s'en détachent trop facilement pour être crédibles. Il y a ceux qui en font leur refuge. Il y a ceux qui s'y perdent et ceux qui y gagnent. Comme le présent, il a un côté fuyant, les couleurs faiblissent, les souvenirs se diluent, les détails se dispersent. C'est un livre que l'on écrit constamment, mais on a tendance à oublier qu'il se vide tout aussi rapidement, jusqu'à disparaître lui-même. Alors, que faut-il en faire ? S'en détacher ? En rire ? Ne regarder qu'un seul horizon, qu'il soit futur ou présent ? Ou au contraire s'y replonger, en tirer les bonnes leçons ? S'égarer dans ses galeries comme pour préserver l'essence de ses saveurs ?

On a parfois l'envie déchirante de vouloir remonter le temps, changer certains dénouements... C'est le pitch du film about time, pour ceux qui seraient en quête de comédie romantique. Si l'on avait ce pouvoir, on l'exploiterait en permanence jusqu'à atteindre la perfection. Ce mot... quelle horreur. La poésie de la vie réside au contraire dans toutes ces aspérités, ces émotions brutes, ces rendez-vous manqués, ces trajectoires non maîtrisées. On perdrait tellement plus que ce qu'on aurait l'impression de gagner.

On connaît tous, néanmoins, ces personnes qui ne décollent plus du passé. Et pourtant - attention, alerte punchline - les souvenirs, c'est comme le bon vin, ils s'embellissent en prenant de l'âge. L'oublier, c'est risquer de ternir l'étincelle du présent. C'est peut-être le pari de ceux qui voyagent sans bagages, si ce n'est la douleur terrifique de leurs entrailles incorporelles. Seulement, c'est un trésor riche de tant de teintes, de tant d'odeurs, de tant d'ivresse et de transports... Je n'échangerai pour rien mes errances nocturnes dans les méandres de ces spectres charmeurs, même si c'est parfois le nid des larmes de l'insomniaque.

Sans surprise, je n'ai pas de réponses à cette partition du temps. J'ai pourtant l'impression que cela en dit long sur chacun et l'énigme se veut plus vibrante dans l'étrangeté des circonstances actuelles. Le plus évanescent demeure finalement ce bon équilibre à trouver face au scintillement de tous ces regards.

Confinement de Marion

Face au mur #9

A ma gauche, à mi-mur, une carte postale de la fée Clochette sur fond bleu, revue et dessinée par Loisel. Brune, (quelle audace !), et mutine, coquine. Pas nunuche. Pas innocente non plus, avec ses bas rayés de Barbarella, ou d’abeille dodue. Un justaucorps taillé dans une feuille d’arbre (« une seule feuille a suffi », comme le chante Brassens… cependant les appâts de la petite fée débordent adorablement).

A ma droite une photo de ma grand-mère Paulette, blonde, pas nunuche non plus mais sans les bas noirs et jaunes, avec un cardigan beige, sourire lèvres fermées, bras serrés sur sa vie « pour rien », comme elle m’a dit un jour, dans ses dernières années : « ç’aura été une vie pour rien ». Bovary tout pareil.

Un peu plus haut à droite, un visage féminin peint par Fra Angelico, découpé dans un rond, provient d’une reproduction offerte par mon autre grand-mère, Clairette, parce qu’elle trouvait que cette femme me ressemblait. Cheveux cachés, yeux baissés, lèvres serrées, air confiné. Air dédaigneux plus que sage. Aujourd’hui je rêve à cette lutine en elle qui n’attendait qu’une paire d’ailes, une fleur autour du cou.

Confinement de Fanette

J 33 de confinement
Ou J 33 de confinitude.
Pourquoi cette tranche de notre vie ne serait elle qu’au masculin ?
Peut être je peux m’autoriser à  mettre un peu de féminité dans tout ça...
Et comment cela peut changer notre regard sur notre perception de cette drôle de période ?

Dans les deux il y a le fait que ce soit très con, ça n’a échappé personne. Ça l’est ce qui nous arrive.
Il y a confi. A force de bien manger et de mijoter dans nos « chez nous » sans sortir est ce qu’on va finir par être un peu confits? Et du coup du corps ou du cerveau? Ou les deux mon colonel?
Et Il y a confin. A quels confins de nous mêmes cela nous fait voyager ? Qu’ apprenons nous de nous, des autres, du monde dans lequel nous vivons?

Dans confinitude il y a finitude. Ce moment nous y ramène. C’est très désagréable ce sentiment de finitude. Et en même temps ça remet les choses à leur juste place. L’homme compris.
Bon après, dans confinement il y a finement.
Quelle est cette finesse que le confinement nous offre ?
N’ en aurons-nous conscience qu’à la fin, un peu comme dans un film où c’est à la dernière image que l’on comprend tout et que nous en restons un peu abasourdis mais aussi émerveillés émus  et souriants ? Et profondément vivants !

Confinement de Floflo

Au début était plein de choses. Et ces choses semblent insensées.

Pour se figurer ce qui s'est passé à la naissance de l'univers il faut parler d'émotion. C'est nécessaire parce qu'on ne comprend rien aux émotions. Alors elles sont magiques. Et le pouvoir de ce dont on parle ici va bien au-delà de ce qu'on est capable de se représenter. Elle est d'une fulgurance sans précédent puisque rien ne la précède. Et ce qui l'a suivi et qui la suivra des milliards d'années plus tard n'est qu'un souffle, un murmure qui s'est échappé de la tempête. Un murmure qui rugit encore à travers les confins de notre univers.

Il n'y a rien. L'espace dans lequel doit se déchaîner l'explosion n'existe pas. Vous pouvez dire que tout est noir dans cet espace que vous tentez de visualiser en cet instant. Mais le noir ça n'a pas de sens. L'espace et l'instant non plus. Il n'y a rien.

Puis, vient l'émotion. Vous êtes foudroyé par la vie. Vous n'en pouvez plus, pourtant elle n'a de cesse d'augmenter encore. Elle est incontrôlable. L'émotion vous achève et vous rend la vie des milliards de milliards de fois à la seconde. Et dans ce temps infiniment court vous êtes transpercé par plus de vie que l'humanité n'en connaîtra.

L'espace n'existait pas. À la fin de votre battement de cil, il s'étend au delà de ce que l'on observera.


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