Journal de Confinement - Jour 32

Une communauté d'auteurs, confinés comme la totalité du pays, partagent leur ressenti, leurs occupations et leurs questionnements. Rejoignez-nous.

Journal de Confinement - Jour 32

Confinement de Zewed

Confinement. Jour 32. Si seulement le temps restant pouvait se condenser en une seule et unique longue journée. Je n’arrive plus, le soir en me couchant, à suivre l’injonction à dormir. Le fait que tout soit cyclique rend le temps long. Chaque jour, ma petite routine ma rappelle qu’elle se reproduira encore et encore, jusqu’à la fin du confinement.

J’aimerais que l’on sonne la fin des cycles. Les anniversaires n’ont aucun sens, le nouvel an non plus. On ne recommence rien du tout, on continue. Le fait est que l’on a le droit qu’à une seule chance. J’ai envie de ne voir le soleil se lever plus qu’une seule fois, pour en profiter pleinement puisque ce sera la dernière fois que ce spectacle sera offert.

Les bonnes résolutions ne se perdraient plus en rituels inconsistants. Le début et la fin finiraient par se regarder dans les yeux pour fusionner et ne former plus qu’un.
Peut-être retrouverais-je rapidement du bonheur aux trains-trains quotidiens mais en attendant, je les sabote.

Confinement de Marion

Face au mur #8

D’avoir comme ça le nez trop près du mur, je m’impatiente. Je m’écoeure de ce jeu. Chercher des éléments qui  vaudraient le coup (le coup d’être décrits, mis en scène, racontés), ça va un peu . Absurde de penser qu’il pourrait avoir un sens, ce puzzle géant figé dans son désordre ...

Quand je suis assise à mon bureau, un bras tendu me sépare de ce mur sans fenêtre. Je pivote d’un quart de tour sur la droite : un autre mur m’enferme, encore plus proche, envahi lui aussi d’affiches, d’étiquettes et de flyers.

Je n’aurai jamais le temps !

Et puis, ça sert à quoi ?

Je me tourne vers la gauche : la lumière, l’air léger entrent en grand. Du vert à l’horizon. Je pense à une chanson de Camille : « J’ai une voix pour chanter / J’ai des pieds pour courir /Je vais quand même pas rester toute ma vie à écrire »

Mon regard revient, machinal : une petite planche de quatre photos (genre photomaton) d’un nouveau-né, une petite Juliette d’un de mes cousins, dans son pyjama à pois roses. J’allais la rencontrer le week-end du 8 mai.

Confinement de Maillec

Ça me gonfle

Je me lasse

Ça me saoule

Quelle plaie

Ça me gosse

Ça m’énerve

J’en ai plus qu’assez

Ça m’ennuie

Ça me gonfle

Ça m’agace

Quelle corvée

J’en ai marre

C’est relou

Ça me pompe l’air

Je suis colère

Ça m’horripile

J’en ai jusque là

Ça me fait ch***

J’en ai plein le dos

Ça m’exaspère

J’en ai plein les bottes

Ça me met en rogne

J’en ai ras-le-bol

Ça m’emmer**

Ça me tape sur les nerfs

Je suis excédée

Ça me met hors de moi

J’en ai par-dessus la tête

J’en ai ras-le-c**

Ça me court sur le haricot

Ça me fout en boule

J’en ai ras-la-casquette

Ça me met en pétard

...

Confinement de Gouililem

Cela fait aujourd'hui un mois que tous les jours, vers 19h30 après avoir fini de travailler, je lis tous ces témoignages sur ce journal. De très rares m'ont ennuyé, Certains m'ont faire rire et beaucoup m'ont touché. A défaut de pouvoir se toucher, je me suis dit que moi aussi je pouvais vous ennuyer d'où cette première participation.

J'ai plusieurs théories stupides sur la vie qui la plupart du temps se révèlent complètement fausses mais qui ont le don de me faire rigoler tout seul. Par exemple, il y en a une qui dit que tout aliment qui est plongé dans l'huile et frit sera forcément meilleur que le produit d'origine. Une autre statue sur le fait que lorsqu'un groupe d'amis de plus de trois personnes passe sous un objet qui pendouille du plafond ou d'une branche, alors au moins une personne va faire un petit saut en tendant les bras pour toucher cette queue du Mickey. Je les appelle les « petites règles universelles » et je m'amuse beaucoup à en créer toujours plus, les plus stupides ou farfelues possibles.

Il y en a aussi une qui dit que lorsqu'on se met à écrire, on a tendance les premiers jours à décrire des faits mais au bout de quelques temps à parler de ses émotions, de ses ressentis, bref, de sa vie intérieure. Aussi comme je recommence à écrire depuis très longtemps me contenterai-je de décrire mon quotidien !

Ce matin je me réveille : 8h45 ... euh non 10h je me suis rendormi. J'ai regardé des conneries dans mon lit qui m'ont fait rire aux éclats jusque 2 heures du matin. Sûrement pas la meilleure idée de ma semaine, mais bon, je crois que je m'en contrebalance complètement le ciboulax, j'ai bien ri et ça me suffit.

Du coup 10h15, après un bon verre d'eau et un pain au lait, me voilà devant mes doubles écrans au milieu des unités centrales, claviers, souris qui jonchent la table à manger de mon salon que mes colocataires et moi avons transformé en espace de co-travail juste après l'annonce du confinement et la livraison par nos entreprises respectives du matériel informatique nécessaire à la poursuite de notre activité.

J'ouvre mes fenêtres, je regarde dépité mon travail de la veille, je n'arrive pas à faire tenir mon tunnel. J'ai beau retourner le problème dans tous les sens, je ne vois pas comment stabiliser ce trou froid, humide et austère, de 8 mètres de large à 50 mètres de profondeur sous un fleuve. J'essaie d'imaginer la réaction de mon chef face à mon désintérêt total pour mon travail en ce moment. Je me dis que je le laisserais bien dans ledit tunnel avec son Mug « Best Boss Ever », au moins il serait dans un environnement aussi chaleureux et accueillant que lui.

Alors je tapote nonchalamment mon clavier et j'écoute ce que le merveilleux monde d'Internet a à m'offrir. Aujourd'hui c'est un concert de Ben Mazué. J'aimerais savoir parler des gens aussi humainement que lui, raconter des histoires aussi justement que lui. Je vous mets un extrait :

Je vais m'entraîner à moi aussi conter des histoires, à faire voler les imaginations.

Déjà 505 mots, déjà 32 jours de confinement, il serait temps que ça s'arrête !

Prenez soin de vous, bisous !

Confinement de Floflo

Voyager dans le temps, c'est facile, chaque jour qui passe en est la preuve. Pour voyager dans le passé, il suffit de regarder les étoiles. Voyager plus rapidement dans le futur on sait que c'est possible. Il faut par exemple se rapprocher d'un trou noir et revenir. Mais là où on est battu, c'est quand on souhaite voyager dans notre propre passé... J'ai fais des recherches.

Nous sommes en train de passer d'une tranche d'instant à une autre en suivant la flèche du temps. Le temps tel que nous l'envisageons n'est qu'une illusion. Ici aussi on se fait avoir par notre perception des choses parce que le passé et le présent cohabitent ( le futur aussi).

Einstein et Proust avaient raison... pardon... ont raison... Je ne sais plus ce que je dois dire. Quoiqu'il en soit la science a encore ses limites. Notre imagination aussi. Mais moins. Amen. J'arrête quelques jours mon journal de confinement. De toute façon ça n'y ressemblait pas. Je pars interroger le passé. Bien sûr ce sera des mensonges. Et pourtant ils enfermeront une part de vérité. La mienne dans un premier temps et la votre dans un second.

Je ne sais pas si ce que je raconte a du sens ou pas. Si c'est absurde je vous invite à en rire de bon cœur. Je me joindrai à vous demain en me relisant.


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