Journal de Confinement - Jour 31

Bientôt un mois ! Une communauté d'auteurs, confinés comme la totalité du pays, partagent leur ressenti, leurs occupations et leurs questionnements. Rejoignez-nous.

Journal de Confinement - Jour 31

Confinement de Concombre démasqué

Cette semaine, j’ai passé le laveur haute pression sur la terrasse et les allées, j’ai désherbé les parterres, j’ai même retiré les mauvaises herbes et la mousse de la pelouse (hors de question d’utiliser du désherbant), j’ai ratissé, j’ai tondu la pelouse et j’ai taillé la haie, j’ai fait un joli semi de carottes, j’ai arrosé consciencieusement matin et soir tout ce qui pouvait l’être et enfin j’ai aspergé le fusain d’un savant mélange eau-lait pour combattre l’insidieux oïdium qui le gangrène.

Maintenant, je peux lire tranquillement sur la terrasse au soleil.

Mais en vérité, entre vous et moi, j’attends fébrilement qu’un merle défèque sur le pavé, je surveille comme un faucon l’herbe folle qui osera poindre, vivement le prochain coup d’air que je balaie ces flocons blancs qui font une perruque blanche au cerisier, p... mais elle pousse pas cette pelouse! je scrute les premières pousses de carottes pour procéder au premier éclaircissement du semis (la notice dit de le faire 1 fois par semaine. Une fois par jour me paraît plus raisonnable), pourvu qu’il ne pleuve pas et que l’oïdium se montre aussi accrocheur qu’on le dit.

Confinement de Floflo

On ne vit pas de ce que l'on mange mais de ce qu'on digère. Alexandre Dumas

Réflexion faite, je dois me mettre à réfléchir. Il est temps pour moi de chercher et dans toutes les directions à commencer par le passé. De remonter la rivière jusqu'à sa source pour l'emprunter à nouveau. Il me faut avancer aussi lentement que possible, laisser flotter l'embarcation au maximum. Il me faut manœuvrer juste assez de façon à voir les choses en face.

Parfois, j'ai l'impression que comprendre fait peur. On se refuse le droit de comprendre le criminel parce qu'on craint d'être d'accord avec lui. Pourtant je suis convaincu que comprendre c'est la meilleure façon de changer les choses.

C'est une évidence. Et le problème avec les évidences c'est qu'on les tient pour acquises, qu'on ne les questionne pas. Or celle-ci contient un mot d'une infinie complexité. Comprendre. Un mot qui court après lui-même. Un mot qui court dans tous les sens. Un mot qui ne connaît pas de limite. Le plus humain des mots au service des maux les plus humains (je vous vois venir avec l'amour, mettons le de côté pour une fois). C'est aujourd'hui un bien nécessaire.

Je pars en quête de vérités.  Je vais voir ce que je peux me mettre sous la dent et ce qu'il en ressort.

Confinement de Marion

Face au mur #7

« Savon Tranchand », c’est de l’électro-punk à textes, nous prévient la petite carte. Je ne sais pas d’où elle sort. Je crois que je l’ai trouvée un jour  sur le meuble de l’entrée, et que je l’ai sauvée de la poubelle, après un instant de réflexion et un soupir quand même (je garde trop). Mon mur abrite beaucoup de rescapés, de l’étoile de shériff en plastique argenté, pièce maîtresse d’un déguisement d’enfant, au petit badge rond en métal bleu ciel pour entrer au Metropolitan Museum.

J’ai gardé cette carte parce qu’elle était énigmatique, avec toutes ces questions absurdes en lettres manuscrites (« Le folk vous emmerde ? Vous parlez allemand ? Marre d’entendre les rockers français chanter en angliche ? Tu aimes les abricots ? Les punks vous font peur ? La chanson française, y a rien eu de bien depuis 1952 ? C’est quoi la première question ?»). Et bien sûr ce nom étrange, pas Savon Doux, Savon Rond, non, Savon Tranchand. Avec le D bizarre.

Ah tiens, ils sont sur Deezer ! Il est juste un peu tôt ce matin pour écouter de l’électro-punk, même à textes.

Confinement de Zewed

Confinement. Jour 31. La plupart du temps, j’attends. J’ai qu’une seule envie, et j’attends. Certaines choses viennent cependant me sortir de ma torpeur. Hier j’ai fais mon premier rap avec mon nouveau coloc, rien de glorieux, mais pas ridicule non plus. Une fois l’oubli retombé, il me restait un peu moins de temps à attendre. Je suppose que c’est une bonne nouvelle.

Chacun des moments que je ne vois pas défiler est une bénédiction. Il n’y en a pas des masses. Alors lorsque j’en aperçoit un, je lui attrape les chevilles pour qu’il ne parte pas. Il arrive toujours à se libérer, mais c’est déjà ça.

Je ne sais pas trop quoi dire mis à part que le 11 mai est loin. Il me restait des choses à faire avant de pouvoir supporter de les remettre à plus tard à cause du confinement. Mais les choses sont telles qu’elles sont, et j’attends.
Je crois que je vais devoir attendre après aussi. C’est ici mon entraînement à l’attente.

Confinement de Maillec

C’est fou comme il y a des choses pour lesquelles je me sens nulle. Savoir dire "non" : ça ne semble pas si compliqué. A deux ans, on se fait même un plaisir de le balancer violemment au visage de ses parents. L’un des auteurs de ce journal en témoigne.

Et pourtant, après 30 ans d’expérimentation de vie, je n’ai pas passé le cap. Je n’ai toujours pas appris à le faire sans que je sois physiquement et psychologiquement stressée par le fais de dire ou d’écrire "non". D’abord, j’ai horreur du "non". Terrible et irréversible décision ! Je risquerais de passer à côté de quelque chose. Je ne sais pas forcément quoi ; juste, quelque chose. Ensuite, je me fais des nœuds au cerveau : chaque argument "pour" et "contre" nourrit une réflexion qui nécessite d’être éclairée et outillée par une méthodologie structurée (des brouillons de mail, des textos réécris dix fois, souvent aussi un appel à un ami, des recherches sur internet à n’en plus finir). Enfin, il m’est impossible de le dire sans y ajouter un argumentaire technico -dramatico-explicatif excusant mon incapacité contextuelle et locale de répondre à une demande, ou sollicitation, ou n’importe quoi. Je me fatigue.

En fait je sais dire "non" quand je reçois un appel commercial. Ou alors, c’est le Ça (encore lui) qui s’exprime n’importe comment, non sans violence et faisant fi de toute manière ou précaution.

Confinement de Framboise

Framboise, day ?

Le temps... Décidément, notre relation au temps se modifie de jour en jour. 'Je n'ai pas eu le temps' n'est plus à l'ordre du jour et pourtant...
Pourtant, comme le rythme circadien se déroule différemment, on s'aperçoit en fin de journée que l'on n'a pas pris le temps de faire telle ou telle chose. Pour moi, cela veut dire que l'on choisit ses priorités ou que ce sont elles qui nous choisissent.

Depuis plusieurs jours j'observe qu'à chaque fois que j'ai décidé de l'ordre dans lequel je voulais faire les choses, systématiquement quelqu'un m'appelait ou m'écrivait et que ça devenait la priorité du moment... en fin de journée je réalisais que je n'avais pas fait telle ou telle chose prévue et qu'il était trop tard, comme écrire dans ce journal par exemple.Aujourd'hui on m'a demandé de donner un cours à mes étudiants de la fac de pharma par video et il faut donc inventer un style pour entrer en relation avec eux et garder le contact et l'intérêt durant plusieurs heures.

Comment entrer en communication autrement, et surtout de façon authentique ? Mon sujet favori qui va me donner du grain à moudre pour les jours et semaines à venir.Les paris vont bon train sur la sortie réelle du confinement... Oserais-je dire que je m'en fous royalement ?
Pour le moment en tout cas :-).

Confinement de Litilesiou

Acte II - Le présent

"Tu dois vivre dans le présent, te lancer au-devant de chaque vague , trouver ton éternité à chaque instant." Henry David Thoreau

J'adore Thoreau, c'est un de ces écrivains naturalistes qui a inspiré le mec d'Into the wild. Mais ça, c'est typique la phrase qui me prend la tête. Bouddhisme, méditation, philosophie de vie à deux balles, il faut toujours réussir à vivre dans l'instant présent. Ben vas-y Henry David, commence pour voir. Montre-moi comment tu fais toi pour trouver ton éternité à chaque instant. Moi ça me donne juste l'impression de courir après un espèce d'état de grâce permanent et de ne jamais vraiment l'atteindre.

Histoire de complexifier un peu la tâche, le présent consiste aujourd'hui à gérer le départ de 3 des 5 membres de notre repli stratégique. Mon esprit se teinte déjà des premiers reflets de nostalgie en balayant du regard l'espace tristement vide et en écoutant résonner le silence. Les premières nuances d'angoisse s'ajoutent elles-aussi à la palette, colorant l'appréhension de ce qui les attend, et la suite de notre confinement à nous. A deux, on aura plus de temps (comme si on en avait besoin), plus de calme, on va pouvoir bosser comme des bêtes. Hum, tout ça me laisse un rien sceptique. Et puis, c'est une chronique sur le présent et me voilà encore éparpillé dans ces ailleurs temporels.

Alors, qu'est-ce qu'on a d'autre sous la main... Se servir des leçons du passé ? Préparer l'avenir ? Merde non, ça m'a l'air d'un ennui... Je crois qu'au final, même si je suis pas expert, je préfère passer ma vie à essayer d'embrasser la mystérieuse vérité de cet instant présent plutôt que de me laisser happer par ces deux horizons perdus. Allez, on repart sur l'option Thoreau. Tout bien réfléchi, c'est peut-être aussi la meilleure façon pour moi de m'affranchir de ces deux compagnons de galère...

Bon bah c'est bon alors, c'est tout vu. Je vous laisse, c'est l'heure de l'entraînement. Je récupère la guitare et je m'en vais tenter de saisir cet insaisissable.


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