Journal de Confinement - Jour 29

On a fait la moitié ! Une communauté d'auteurs, confinés comme la totalité du pays, partagent leur ressenti, leurs occupations et leurs questionnements. Rejoignez-nous.

Journal de Confinement - Jour 29

Confinement de Joule

To be or not to be…that is the question

Nous attendons le bonheur, nous passons à côté du bonheur, nous courons après le bonheur et nous le fuyons, de peur qu’il se sauve. Comme s’il n’était jamais là, jamais présent… Et pourtant, ne le voyons nous pas ?

S’il vous plait, regardons et rions car nous sommes en vie ! Sourions ensemble, poussons un appel à la joie ! Ne perdons plus notre temps à chercher le bonheur, vivons le pleinement !

Parce qu’il est déjà là. Présent, ici et maintenant, à chaque instant. Et lorsque nous pensons qu’il ne l’est pas, regardons la vie autrement. Bougeons notre caméra. Il est là notre devoir. Elle est là notre mission de vie. Choisissons d’apprendre à « être présent ».

Nous avons appris à « faire » pendant toutes ces années, à l’école, au travail, pour devenir « productifs ». Aujourd’hui, il s’agit non pas de « faire » mais « d’être » tout simplement. Mettons y la même énergie, créons des écoles pour apprendre dès notre enfance à vivre, à respirer, à « être »…, juste ETRE.

Enfin, accueillons la gratitude et ne la lâchons plus…jusqu’à notre dernier souffle.

Confinement de Zewed

Confinement. Jour 29. Il s’agit d’accepter de n’avoir aucune maitrise sur les évènements. Parmi ceux qui dessineront l’avenir. Il va falloir que l’on m’explique comment on fait. Je crois détester perdre le contrôle.

Je suis sans casque remué par des rapides. Et à la place de me débattre, attraper une branche et rejoindre le rivage, je dois plonger la tête sous l’eau. Au risque qu’elle percute en grand fracas un rocher.

Mais si les courants sont en ma faveur, j’atteindrai une île si belle que j’oublierai les premiers rivages. Les lumières seront nombreuses, les fruits savoureux, l’eau turquoise. Peu de gens ont le droit de s’enivrer de la beauté de cet endroit puisque l’on se débat tous. Il est même dit que le bonheur d’atteindre cette île est proportionnel aux remous du chemin. C’est comme tout, on a rien sans rien.

La tête sous l’eau, faible face à elle, je n’arrive pas à respirer. Alors comme je ne vois déjà rien, je ferme les yeux et je m’imagine sur l’île pour me donner du courage.
Je me dis que si ma tête doit percuter un rocher, je finirai hors de contrôle comme j’aurais voulu l’être. Ce n’est plus si grave.

Confinement de Floflo

Il y a quelque mois on m'a offert un livre. Et sur la première page du livre, une dédicace figure. Je n'en crois pas mes yeux. Ce livre avait été offert à un homme qui a joué un rôle dans l'histoire du monde. Et plus égoïstement, il a joué un rôle dans la mienne.

Il y a quelques années, cet homme que je n'ai jamais rencontré m'a offert une expérience d'une richesse exceptionnelle. Avec un ami, nous avons eu la chance de faire voyager un projet bien au-delà de nos limites. J'ai été projeté dans un monde où les frontières était celles d'une personne qui repoussait celles des autres.

Pour me rappeler le vertige ressenti dans cette univers du possible, il me faut lever les yeux la nuit. Alors je tente de me représenter l'infiniment grand et dans un temps infiniment court, ma tête refuse d'aller plus loin. Je suis arrivé au bord du gouffre, celui de mon imaginaire. Il fait parti de ces hommes qui ont fait un petit pas de plus. Il s'est avancé dans le vide, en s'appuyant sur des rêves.

Mais l'héritage a un coût. C'est la dure réalité des rêves. L'équilibre doit exister et il faut un monde pour en contrebalancer un de cette envergure. C'est à eux que je pense.

Je salue l'homme et je tourne la page. Je suis heureux de penser qu'elle est écrite et que je suis libre d'y revenir.

Confinement de Maillec

Alors ça y est, on a une date potentielle et dont la confirmation est conditionnée : le 11 mai. On sait, sans être certains.

Bref, rien ne change.

On continue d’être chez nous, d’attendre que les jours passent, de travailler, de constater qu’il fait beau, de ne sortir que pour faire des courses, de Skyper et téléphoner plus qu’à l’habitude, de cocher les cases d’une to do list qui n’a de cesse d’être alimentée par de nouvelles idées, de craindre de sortir même après la date officielle de déconfinement, d’avoir une vie sociale réduite, de s’enfoncer dans un train-train lassant, de se demander comment diversifier les façons de s’occuper, de rayer de son agenda les événements professionnels et personnels, de déplorer le peu d’intérêt des programmes télé, de craindre les conditions et la possibilité de retrouver une activité professionnelle normale, de partager et recevoir quotidiennement des message-kiff, de se lasser des choses que l’on fait par défaut, d’écrire chaque jour.

Confinement de Concombre Masqué


I had a dream.

Ce matin, comme hier d'ailleurs, j'me suis levé a pas d'heure.
J'ai mis un temps fou pour passer de la chambre au canapé.
Le petit déjeuner je l'ai pris à l'heure du dîner.
Quand j'ai annoncé que je voulais sortir voir les potes, ça a été le tollé général.
J'ai pas le droit de sortir ; consigné de force à la maison.
Tu l'crois ça ?
Pris dans un élan de courage ou de bêtise - va savoir ? - je me suis mis à bosser.
Pas comme une brute, j'te rassure !
Et puis emporté dans mon élan, j'ai noirci une ou deux pages d'une littérature un peu potache pour communiquer avec le cœur.
En fin de matinée, vers 16h, j'suis passé côté salle de bain. Waouh, la gueule que j'ai ?
Trois poils au menton et les cheveux longs !
Vu l'heure, pas la peine que j'essaie d'y mettre de l'ordre. Je verrai ça demain.
Le canap' est libre, j'en profite pour jeter un œil à la télé.
Parmi les gros titres : « le brut à son plus bas depuis la crise pétrolière de 73 ».
Tu sais quoi ?
Je m'e sens comme si j'avais 16 ans à nouveau.

Confinement de Marion

Face au mur #6

Trois fois l’Hôtel Napoléon sur le mur devant moi : un Post-it avec leur téléphone ;  deux cartes de visite identiques, « Hôtel Napoléon, Ile d’Aîx » - une erreur il faut croire, bégaiement du souvenir.

Faire à vélo le tour de l’île. Acheter dans la rue  principale un caban, ou une marinière, ou au moins un bonnet rayé, et se sentir îlien. Suivre, au Fort, une conférence sur la fuite de l’empereur, et se sentir fidèle grognard. Dîner au restaurant de l’hôtel, comme font les vieux. Et ce qui me reste bien fort : m’endormir avec toi volets ouverts, pour mieux voir jusqu’au bout les deux phares allumés dans l’air bleu marine.

Nostalgique, je détache délicatement l’une des cartes de visite. Et je regarde mieux  la mignonne porte bleu lavande, et le vélo, et la carriole devant. Mais il faut bien désherber le mur, si l’on veut continuer à vivre.

(C’est lors de cette conférence que j’appris l’anecdote frappante de l’exfiltration de Napoléon Bonaparte dans un tonneau de vin, projet mi-romanesque mi- bouffon.  L’empereur refusa, conscient et soucieux de son rang. Ceci dit… Poussée à bout par certaines circonstances… Qui sait ?)

Confinement de Litilesiou

Acte I - Le futur

L'école m'a demandé de réaliser une petite vidéo sur le thème de l'avenir, en adoptant un ton comique et optimiste. Associer ces trois mots, quelle plaie. Et pourtant...

L'avenir, c'est le temps de l'inconnu. Pour certains, c'est source d'angoisse. On se refuse à la beauté de l'imprévisible et on cherche à tout prix à garder le contrôle. Pour d'autres, c'est vecteur d'excitation. J'aimerais faire parti de ceux-là, mais comme beaucoup je pense, je navigue entre ces deux horizons. Mon parrain m'a dit un jour qu'il m'emmenait pour mon anniversaire : « la vie ne vaut d'être vécue seulement parce qu'elle a une fin, et qu'elle est faite de surprises ». Quelques mots simples mais qui résonnent depuis dans ma tête, capables par moment de balayer d'un seul et même revers l'appréhension de la vie, et celle de la mort. Il est fort mon parrain.

Alors oui, j'ai peur de l'avenir. La Terre n'est pas au top, l'humanité non plus, et ma propre vie suit des trajectoires tantôt surprenantes, tantôt chaotiques. Mais j'apprends à vivre avec cette part d'inconnu, parce que c'est cette impuissance qui donne au présent sa saveur et sa raison d'être. Mieux, j'apprends à aimer ça plus que tout ; c'est la folie de croire que si rien n'est écrit, tout devient possible. L'avenir, c'est aussi le temps du rêve.

Je crois qu'on a l'optimisme. C'est plus facile pour le comique tant j'ai toujours pensé que l'humour était la meilleure arme. Oui, rire de l'avenir, autant qu'il nous faut rire de nos peurs et de nos absurdités, d'autant plus que le destin a souvent montré qu'il était plein d'humour.

Il est maintenant temps de se projeter dans tous ces paysages temporels... L'avenir, c'est demain. L'avenir, c'est l'après confinement. L'avenir, c'est l'an prochain et c'est ce qui nous attend dans 10, 20 ou 50 ans. Je les imagine et je commence par rire de mes angoisses.

Et pour le reste, pour toutes les bonnes surprises, je me tiens prêt.


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