Journal de Confinement - Jour 28

Le chemin est long ! Une communauté d'auteurs, confinés comme la totalité du pays, partagent leur ressenti, leurs occupations et leurs questionnements. Rejoignez-nous.

Journal de Confinement - Jour 28

Confinement de Zewed

Confinement. Jour 28. Lorsque je regarde en bas, le vide me happe. Alors je relève la tête. C’est au tour de l’horizon de m’attraper. Il a une couleur différente chaque heure, projetée sur tout ce qu’il y a à décorer. Ici, il y a matière. La Tour Eiffel, Montmartre, le Panthéon. Et puis le tout Paris.

Je suis moins haut que les nuages, mais au dessus du train train quotidien. Les passants sont des fourmis, je m’imagine leur vie. Les dangers sont invisibles; les bruits, d’un autre monde. Le chant des oiseaux vient d'en dessous et les cris d'enfants sont assez puissants pour monter jusqu'à moi. J'ai l'impression d'être un primate devenu bipède pour mieux voir au loin.

Je peux décider d'être une fourmi grâce à une cabine qui file à toute allure pour alterner monde des vivants et point d’observation. Mais d’en haut, on peut choisir un angle d’attaque pour sortir victorieux du sol. Alors je n’emprunterai la cabine que si nécessaire, sûr de ma force, pour aller prendre d’autres trains trains.

Je me dis ici que j'existe pour tout vivre.
Il n'y a pas assez de temps.
Je vais prendre mon temps.
Pour tout vivre.

Pour le moment je suis en haut, et rien ne peux m’atteindre.
Pour le moment je suis au 29ème étage.

Confinement de Maillec

Il  y a ces moments que l’on aime tant qu’on voudrait qu’ils durent encore, qu’ils se répètent, qu’ils restent en mémoire et deviennent un souvenir-refuge. Il y a ceux qu’on aimerait voir passer vite tant ils sont désagréables, coûteux, incontrôlables, voire même que l’on aurait voulu ne pas vivre parce qu’ils sont douloureux. Mais tous, ils sont là.

Ce qu’on dit ou fait ne dépasse pas notre pensée. Je ne crois pas. Ils peuvent en revanche être exagérés parce qu’on a empêché notre pensée ou un sentiment d’être exprimé. Mais comment s’y prendre alors, quand on se sent empêché de dire ? Il y a ce Surmoi solidement construit sur des interdits et des règles intérieurs et extérieurs à soi qui fait barrière, qui crée un mur entre le sentiment et son expression pure et concrète. C’est alors que le corps somatise et que le Ça explosent, sans prévenir. Le Surmoi est semé, contourné. Le Moi se rend compte de l’accident et de ses dommages. Mais il est trop tard. Le mal – qu’on s’efforce de taire – est fait. Le Moi tente de faire justice entre la réalité, ce Surmoi qui (im)pose les règles, et le Ça qui se joue bien de ces règles pour faire valoir la vérité pulsionnelle. Il n’y a pas de fin à cette histoire. Elle est de chaque instant, pour chacun. On se traîne son Surmoi, son Ça et son Moi toute sa vie. Il faut les faire vivre en harmonie, tant bien que mal.

_ Ça : "Je déteste Freud, cette espèce de taré aux idées tordues !"
_ Surmoi : "On ne dit pas « je déteste ce taré », mais « je ne suis pas d’accord avec ses théories »".
_ Moi : "Ce con, il a bien raison..."

Confinement de Floflo

  • Salut ça va ?
  • Ouais et toi ?
  • Ça va, ça va... ça va.
  • Bah vas-y, accouche.
  • Non mais j'ai dû bouffer un truc qu'est pas passé. Je chie liquide.
  • ...
  • Mais c'est surtout que je suis barbouillé. Et j'ai pas chanté de la journée.
  • J'avais pas trop d'inspi ce matin non plus. J'ai fais mes gammes et puis c'est venu tout seul.
  • T'as chié liquide aussi ?
  • Ouais. Mais je parlais de chanter là.
  • Ah ok pardon. Non mais comme je suis barbouillé je fais un peu une fixette là-dessus.
  • Ouais... Et la famille ça va ?
  • Je sais pas, ils ne sont pas encore revenu. Ils doivent être bien dans le sud. Ah si il y a quand même mon oncle André, tu vois de qui je parle ?
  • Ouais ouais, celui qui volait chez les voisins ? Qu'est-ce qu'il a encore pondu celui-là ?
  • Bah il s'est fait plumer justement.
  • On fait pas d'omelette sans casser des œufs.
  • T'es con putain.
  • J'ai faim.
  • Et moi je suis barbouillé.
  • Bon je vais bouffer.
  • Tu voles pas haut quand même.
  • C'est toi qui te prends la tête pour des trucs qui servent à rien.
  • Ouais bah j'y peux rien.
  • Justement.
  • Cui.
  • Cuicuicui.

Confinement de Litilesiou

« Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante, aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon »

Ce passage de la madeleine de Proust est bien connu. Selon lui, l'homme est avant tout un nostalgique, mais il ne s'agit pas ici de convoquer consciemment des souvenirs. La réminiscence se produit au travers de l'odeur et de la saveur de la madeleine. C'est ne pas voulu, ce n'est pas anticipé. C'est une action à la fois passive et uniquement sensuelle. En réalité, il va même jusqu'à affirmer que le passé et le présent peuvent se confondre entièrement lorsqu'on se noie dans une réminiscence ; la force de nos souvenirs se trouve libérée par nos sens et le mur du temps s'efface, laissant pour un instant le passé redevenir le présent. C'est ce qui rend certains de ces épisodes si puissants.

Écrire tous les jours soulève le paradoxe d'imposer une rigueur temporelle dans une période où notre perception du temps se voit transformée. Il s'agit certes de raconter son quotidien, mais pour ma part, les pensées tendent aujourd'hui à prendre plus de place que les actes. Alors je vais me laisser aller à jouer les apprentis philosophes et à méditer sur les chemins du temps tels qu'il me touchent pendant ce confinement.

Et parce que trop de logique est d'un ennui, je commencerai par le futur. A demain les amis, gardez le moral !

Confinement de Marion

Face au mur #5

Un timbre de collection à 46 centimes, à l’effigie de Georges Perec. Un chat noir sur l’épaule, et son sourire bienveillant et malin.

1981. Parmi les 50 choses qu’il aimerait faire avant de mourir, Perec cite : « Boire du rhum trouvé au fond de la mer ». « Comme le capitaine Haddock dans Le Trésor de Rackham le Rouge », ajoute-t-il, amusé, émerveillé, gourmand.

Perec devait mourir quelques mois après cette interview. Il n’a jamais bu de rhum trouvé au fond de la mer, ni vécu un an dans une grande ville étrangère, ni fait de voyage en cargo.

On peut trouver qu’il aurait mieux fait de réserver vite sa traversée Le Havre-New-York plutôt que de perdre son temps à répondre aux questions des journalistes. Patiemment, gentiment…

Pourtant la vie qu’il met dans notre vie d’auditeurs, séduits  par sa poésie rêveuse, et puis la vie qu’il met dans sa vie à lui, probablement, en répondant à ce questionnaire, valent tous les voyages lointains et expériences improbables.

Comme une blague d’avril, ce timbre, en fait, je ne le possède pas. Mais de l’avoir écrit, le voilà collé sur mon mur imaginaire.

Confinement de Framboise

At home, Day 27 ?

Cette nuit, il m'est venu que nous pouvions aussi considérer l'expérience 'corona' comme une invitation à reprendre du pouvoir sur notre vie et sortir de notre état 'enfant', 'victime' qui laisse décider pour lui.

Je me suis donc adressé au Covid 19.

Cher Covid, il m'est apparu cette nuit que je pouvais associer ta première syllabe au CoDéveloppement, c'est-à-dire l'intelligence collective qui permet de raisonner autrement et de sortir de toutes les situations, en particulier de celle que nous traversons de par ta présence insistante et quasi générale sur notre Terre.

Vid.... Faire le vide, en soi d'abord pour être à l'écoute de notre voix intérieure, pleine de sagesse ; le vide dans sa maison également, se débarrasser de l'inutile pour respirer autrement, à pleins poumons et apprécier la Vie et d'être en vie, à sa juste valeur.

Enfin, tu portes le n° 19 et je m'intéresse à la numérologie.. 2 éléments me viennent :

- 1+9 = 10 = 1 = l'Unité ; nous comprenons depuis ton arrivé à quel point nous sommes interconnectés, interdépendants ; nous sommes tous Un...

- 9 est synonyme d'accomplissement et également de fin de cycle. Pour ma part, je vois le Nouveau Monde -que nous sommes nombreux à avoir rêvé, voire commencé à co-créer- qui émerge de plus en plus précisément et l'ancien Monde qui se meurt peu à peu, avec encore des soubresauts, parfois violents.

Alors... oserais-je te dire Merci ? Merci de nous faire comprendre cela, Merci de tout ce que tu nous as permis de comprendre et de vivre.

Merci de nous quitter maintenant en nous laissant (re)prendre notre pouvoir personnel.

Confinement de Concombre Masqué

Je me marre.

Les voleurs ne peuvent pas bosser ; pas de case « casse » prévue pour eux sur l'autorisation de sortie. Et double peine, les maisons sont occupées 24 heures sur 24. En chômage technique et pas sûr qu'ils obtiennent un dédommagement du gouvernement, les pauvres !

Je me marre.

Les intégristes n'ont pas le loisir d'arracher à la vie les mécréants par poignées entières ; les impies sont atomisés dans la nature. C'est d'autant plus rageant que toutes ménagères circulent masquées et que tous les hommes sont en quelques semaines devenus barbus. Aubaine perdue !

Je me marre.

Je suis stationné en zone bleue. Pas de problème, je suis à la maison. Toutes les heures je déplace ma voiture. Je n'ai pas pris une seule amende en 4 semaines. Je vous fais grâce de ma jubilation au changement de côté pair-impair tous les 15 jours,

Je me marre.

Les aiguilleurs du ciel, les pilotes d'Air France, les conducteurs de TGV, de RER et autres métros, les casseurs en gilets jaunes ne peuvent pas me pourrir la vie.

Je me marre.


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