Journal de Confinement - Jour 26

On perd le temps ! Une communauté d'auteurs, confinés comme la totalité du pays, partagent leur ressenti, leurs occupations et leurs questionnements. Rejoignez-nous.

Journal de Confinement - Jour 26

Confinement de Marion

Face au mur #3

Sur mon mur, tout droit, tout face à moi, orange rayé de vert, le ticket tarif réduit 336111 de l’Utopia de Bordeaux. On sentait bien que ça serait notre dernier ciné. On avait mangé des empanadas avant, dans un petit resto argentin. C’était le 27 février /  il y a un mois et demi / 15 jours avant le confinement / à la fin des vacances d’hiver.

« Lettre à Franco » fait revivre le poète espagnol Miguel de Unamuno. Si j’avais plus de 200 mots, je citerais entièrement son émouvant discours de 1936, à l’université de Salamanque sous les huées des franquistes qui crient « A bas l’intelligence ! ».

Unamuno : « Vous vaincrez mais vous ne convaincrez pas ». Si on se battait aujourd’hui contre des terroristes, on pourrait leur dire ça nous aussi. On serait inquiets, en alerte, mais on ne serait pas démunis. On aurait prise un peu, avec notre esprit, sur la « surabondance de force brutale » de l’ennemi. Au lieu de quoi nous en sommes réduits à serrer les dents et à prier pour que le virus desserre bientôt l’étau de son étreinte.

Confinement de Joumi

Je me lève ce matin avec une migraine. Je ne sais pas comment je me débrouille, mais depuis le début du confinement, c’est souvent le weekend que ça m’arrive. Est-ce parce que je me prends trop la tête dans la semaine ? Je pense en effet avoir la réponse à cette question…

Je n’ai pas envie que cette migraine m’empêche de passer une belle journée, Efferalgan, jus d’orange pressé (et oui, je ne suis toujours pas arrivée au bout de mes d’oranges…) et hop, je décide de prendre des photos du jardin. Les fleurs sont magnifiques, la glycine est sortie et les parfums sont enivrants. Quelle chance tout de même, ce serait vraiment dommage de ne pas en profiter !

Les oiseaux sont en joie, les insectes aussi. Les mauvaises herbes gagnent du territoire et j’hésite un instant, un instant seulement, entre l’idée de les laisser ou de les retirer. Paresse ou sagesse peut-être, je vais les laisser au moins le temps du confinement.

Effaçons nous, et laissons la nature reprendre ses droits !

Bises et belle journée ensoleillée

PS : Qu’est-ce que je suis douée pour justifier de ma paresse…

Confinement de Zewed

Confinement. Jour 26. Au bout du tunnel, il y a une vive lumière. De celles qui peuvent vous submerger ou vous accabler. C’est à sa guise. Mais, aveuglé par son omniprésence, je m’y dirige en pleine conscience. Le tunnel est étroit, mais je ne vois pas ses bords. Je devine qu’ils sont sombres et peu hospitaliers. Les rayons débordants d’énergie ont pour particularité de n’éclairer qu’eux mêmes.

Alors deux visions s’offrent à moi et je peux choisir. Je peux voir la lumière comme une arrogance qui me montre la médiocrité du tunnel. Je peux également la voir comme une promesse d’avenir.

Je veux m’y ruer, mais j’y vais au pas. Comme ralentit par de l’eau jusqu’aux cuisses. Comme dans un rêve où la faiblesse de mes mouvements m’étonne. Comme je ne sais pas le faire. J’ai du mal à voir l’interêt de prendre mon temps puisque le décor du tunnel ne bouge pas. Alors, a défaut de n’avoir rien à contempler, j’essaye de me regarder moi. Jamais ça ne dure puisque la lumière me rappelle vite à elle.

Cette lumière est un moment. Celui où nous nous retrouverons.

Confinement de Litilesiou

Il y a des jours… Je ne sais pas comment, je ne sais pas pourquoi, je ne sais plus quand ça a commencé.

Mélopées de brûlures.

Aujourd'hui, mon corps et mon esprit ne font qu'un, et les voilà qui tournent en rond. Le premier n'a pas le droit de sortir, le second peine à s'en sortir. Je suis perdu en mer et je cours après mon souffle ;  si je m'arrête je coule. Des mains se tendent, mais comme une ode à la peine la houle m'agrippe et sans cesse me ramène.

Je vois cette flamme invisible.

J'entends ce murmure inaudible.

Je sens cette lame évanescente.

Je donne des coups d'épée dans l'eau de mes douleurs. Elles plongèrent dans mon ventre. Elles nagèrent jusqu'à ma tête. Je veux fuir, mais je ne peux pas. Alors je brûle une nouvelle clope, je tire, tire et retire. Si faciles les minutes filent et frime déjà le quart de siècle. Je pleurs mes peurs, je noie mes nuits dans le noir mais je vois les larmes. Le spleen m'assassine.

Mélodies obscures.

Quand la nuit tombe, plus d'ombres, je songe et souvent je sombre. C'est une drogue, elle est malsaine et m'assène ses coups les plus obscènes. Mon esprit se consume, mon corps paye l'addiction.

Je veux, je ne peux pas. J'essaye, je n'y arrive pas. Je hurle un silence strident dans l'agonie de l'impuissance. Je veux devenir cet homme dont je pourrais être fier. Amères chimères de mes prières.

La mélancolie dure.

Le ciel est clair mais le temps reste gris. J'essaye de parler avec le cœur, mais c'est juste un reflet d'esprit. Il s'est écoulé tant de nuits depuis...

L'horloge tourne mais il y a des jours, toujours... je vois voguer mon vague à l'âme.

Demain sera meilleur. Pas vrai ?

Confinement de Floflo

Un pantalon bleu marine, une chemise blanche, des Ray Ban, des cheveux blancs, des main posées sur la barrière. Il regarde la mer. Il est immobile, seul son regard vague navigue lentement vers l'horizon. Il n'y a rien pour poser ses yeux qui dérivent sur la mer.

Calme, parfaitement plate, c'est un miroir dans lequel se reflète un ciel sans nuage.Tout proche, ce n'est qu'un filet d'eau, elle est clair. Au loin elle gagne en profondeur et elle s'affirme avec un bleu qui tranche un ciel qui n'a pas son caractère et se dissout.

Il croit que le reflet du miroir qu'il observe n'est pas le sien. Il tente de croiser le regard du ciel pour l'interroger. Trop effrayé pour le regarder en face, il baisse la tête.

La mer n'est pas cruelle. Pire, elle est indifférente. Et la seul réponse qu'elle offre réside dans l’œil de celui qui observe et qui cherche.

Alors il regarde devant lui, il cherche, et elle le renvoie en arrière. Petit, on lui a raconté un rêve. Il lui a donné vie. Sincèrement bon, il l'a partagé avec ceux qu'il aimait et parfois même avec d'autres. Mais aujourd'hui le rêve tourne au cauchemar.

Le vent se lève. Un grain de sable dans l’œil, sa vue se brouille. Il ferme les yeux et serre la barrière de toute ses forces.

Un vieil homme rentre écœuré de la mer.

Confinement de Maillec

Aujourd'hui je me sens fatiguée. Peut-être qu'inconsciemment je sais avoir trois jours de week-end : mon esprit et mon corps en profitent pour m'alarmer sur le besoin de faire une pause. Ça fait d'ailleurs plusieurs semaines déjà qu'il y a des signes que je m'efforce d'ignorer.

Alors ce matin je me rendors plusieurs fois avant de me lever. Mes gestes sont lents. Je commence une chose, et avant même qu'elle soit terminée, j'en commence une autre. Quand je reviens à la première, je ne sais plus quel était son but. Je m'assoie et je bug.

Je me sens capable - c'est d'ailleurs la seule chose dont j'ai envie maintenant - de me poser au soleil et de m'assoupir. Mon esprit et mon corps n'en seront que plus reposés. Et j'aurai l'impression de ne pas m'ennuyer.


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