Journal de Confinement - Jour 25

Presque un jour d'été ! Une communauté d'auteurs, confinés comme la totalité du pays, partagent leur ressenti, leurs occupations et leurs questionnements. Rejoignez-nous.

Journal de Confinement - Jour 25

Confinement de Zewed

Confinement. Jour 25. Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de ma grand mère. Comment vous la décrire. Peut être en rappelant qu’après plus de 40 ans passés en France, son accent prononcé sonne encore. L’orgueil irlandais, s’il existe, peut-être. Ou alors en constatant que ses stocks de sérotonines sont probablement beaucoup plus remplis que la moyenne. Elle parle plus fort que les autres et elle appuie parfois là ou ça fait mal. Pourtant, je n’ai que rarement vu quelqu’un se nourrir autant du bonheur des autres. De temps en temps, comme hier au téléphone, elle est heureuse de m’apprendre que le mari du neveu de la nièce de la tante de l’ami de sa soeur va bien. Alors je souris et j’écoute, même si j’oublie souvent de qui il s’agit.

Toute ma vie je me vanterai de notre étrange complicité, où se mêlent incompréhensions et curiosités. Quels liens que ceux du sang, grâce auxquels les générations se rejoignent pour comprendre l’entièreté du monde.

Je prends conscience aujourd’hui que je ne connais pas assez son histoire, je lui demanderai de me la raconter. Elle enrichie en tout cas la mienne. Ceux qui me connaissent reconnaitront que je suis fier de mes racines irlandaises et syriennes, revendiquées en étendard. Je les dois au duo qu’elle formait et qu’elle formera toujours avec mon grand père. Jamais vous ne verrez deux âmes si différentes aller aussi bien ensemble. Il suffit pourtant qu’elles soient belles.

En tout cas, j’affirme, quoi que vous en disiez et non sans prétention, avoir la meilleure grand mère.
Joyeux anniversaire !

Confinement de Joumi

C’est l’anniversaire de maman aujourd‘hui !

« Happy birthday to you, happy birthday to you, happy birthday to you mummy, happy birthday to you ! »

Elle a eu la très bonne idée de se commander un diner majestueux pour ce soir. Excellent ! Je trouve qu’elle traverse cette période de manière vraiment remarquable et suis vraiment très fière d’elle.

Petit message personnel à son attention :

« Je sais que tu souhaites contribuer à la fabrication de combinaisons pour le personnel soignant et je trouve que c’est vraiment super. Maintenant… si tu pouvais éviter de prendre le tissu que tu prévoyais pour la confection de mes rideaux, je serai vraiment, vraiment très reconnaissante ! As tu pensé à utiliser des draps, ça pourrait fonctionner aussi, non ? »

J’ai envie de légèreté, de rires et d’une nouvelle séance de vélo-papotage avec mes amies en fin de journée.

Et c’est avec cette bonne humeur matinale que je décide de cueillir cette belle journée printanière.

En espérant que cette journée nous apporte une flopée de nouvelles optimistes.

Bises à tous

Confinement de Floflo

Fait divers de ce printemps.

Morts et enterré dans une petite boîte, ils sont oubliés dans le fond d'une autre plus grande. Ils sont totalement coupés des jours et des semaines qui défilent sans que rien ne se passe. Rien ou presque. Il y a parfois un peu de mouvement autour d'eux, et chaque mouvement est une tragédie. Les autres petites boîtes tout aussi mal loties, qui formaient une faible barrière, sont extirpées une à une de la grande. Et au fur et à mesure du vide grandissant leur heure se rapproche.

Pour cette petite boîte qui est maintenant bien seule le jour tant inattendu est enfin arrivé. La lumière se fait et ils sont arraché à leur milieu. Ils ne peuvent se réveiller de leur repos éternel et tant mieux pour eux. On les balance sans considération les uns à coté des autres. On s'applique une fois de plus à les ordonner. Ils doivent ici aussi prendre le moins de place possible, bon gré, mal gré, sans gré. On les écrase, on les retourne dans tous les sens, on les étouffe quand bien même ils n'auraient plus de souffle à rendre. Une alarme sinistre s'élève au loin.

À taaaaable!

Le temps est bon, le ciel est bleu, j'ai deux poissons panés dans mon assiette.

Confinement de Maillec

Rien ne change… sauf quelques détails.

Le plaisir de partager et de découvrir chaque jour ce que ma mère et mes frères ont retenu de positif au cours de leur journée (#kiffdujour).

L’impossibilité de sortir faire mes courses – seule tâche qui me permet habituellement de sortir de chez moi un jour de télétravail – sans culpabiliser ou avoir le sentiment de prendre un risque.

L’inutilité totale de me maquiller et de me coiffer.

Le besoin de conserver mon appartement dans un état de rangement et de propreté impeccable, sans quoi je ne vois plus que ça lorsque je me déplace d’une pièce à une autre.

Le sentiment que ma liberté est diminuée, chose inacceptable pour une "independente woman" (#destinyschild).

La liquidation de 3 litres de sirop de citron par semaine.

La réception plus récurrente (et parfois intempestive) de mails, de messages et d’appels.

L’envie de prendre le temps de découvrir ou de redécouvrir le plaisir de certaines activités-plaisir, telle que l’écriture de ces quelques mots, qui me donne l’occasion de poser des mots alors même que cela n’a pas d’autre objectif que d’être fait. Pour le moment.

Confinement de Marion

Face au mur #2

Le mur qui borne mon regard quand j'écris à mon bureau est un damier de souvenirs collés à la Patafix.

Découpée à la main dans un morceau de carton, écrite à la main, cette étiquette prévient que mon bagage prendra le bateau de l'île anglo-normande de Serk pour Granville à 18:45. La dame qui nous loue son terrain, en cet été 2008, pour y planter notre tente, l'a rédigée à la plume en jolies lettres à l'ancienne. Son mari jettera mon sac à dos dans la remorque du tracteur, et lui fera descendre les chemins escarpés de Serk jusqu'au petit port, et ç'en sera fini de nos vacances. Tout est désuet ici, naïf, idyllique, comme ces bottes de légumes posées sur les murets, que l'on peut emporter pour quelques shillings, qu'on dépose là, dans le panier. Aux prie-dieu de l'église, les coussins brodés des familles de la seigneurie, aux noms drôlement mêlés de français. La minuscule prison à dessoûler les ivrognes de l'unique pub de l'île, car ici c'est si petit, et les falaises si abruptes qu'il n'y a pour ainsi dire pas de voleurs.

Aujourd'hui, l'étiquette de Serk  me sauve du confinement.


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