Journal de Confinement - Jour 24

Jour 24 ! Une communauté d'auteurs, confinés comme la totalité du pays, partagent leur ressenti, leurs occupations et leurs questionnements. Rejoignez-nous.

Journal de Confinement - Jour 24

Confinement de Zewed

Confinement. Jour 24. Je suis particulièrement souvent enfoui dans ma tête. Je m’adonne à un exercice difficile et perturbant ce matin. Je me remémore les souvenirs que j’ai, les plus beaux mais aussi les plus moches.
Seulement, plutôt que de les reconstruire à travers mes yeux, j’essaye de me regarder moi à travers les yeux de mes proches qui habillent ces souvenirs. Je me rends compte que si je me souviens des autres, j’ai plus de mal à me souvenir de moi. Il faut peut être que j’essaye de vivre en pleine conscience du moment présent dans son ensemble.

C’est vrai que l’on a peu de connaissance de ce que l’on renvoie. Lorsqu’on s’entend, notre voix n’est pas la même que pour les autres. Nous n’avons pas accès à nos mimiques et nous faisons toujours la même tête devant le miroir.


Toujours est-il que je n’arrive pas à me situer dans mes souvenirs. Je suis la pièce manquante, que j’arrive à retrouver seulement grâce à des déductions de ce qu’il me reste des autres. Ça ne me rend pas triste, ce n’est pas moi que je recherche habituellement dans mes souvenirs. C’est vous.

Alors puisque je n’arrive pas à me souvenir de moi, j’ose espérer que vous le fassiez à ma place.

Confinement de Maillec

Aujourd’hui, je m’autorise pour la première fois à prendre position publiquement sur la situation actuelle. Un ancien copain de lycée partage une tribune du journal Le Point qu’il a écrite. Il y dénonce un manque de valorisation salariale de la classe moyenne, notamment dans le secteur de la santé. Alors que son intention est louable, le point de vue qu’il défend me semble insuffisant. Ça m'énerve. J'écris.

J'appuie la clarification que tu proposes et la revalorisation justifiée que tu formalises. Je profite de cette publication et de l'échange qu'elle autorise pour partager mon point de vue sur les aspects pour lesquels je me sens légitime de le faire. Plus précisément, je me permets de prendre position en tant qu'ergonome, dont la volonté et le cœur de métier sont de concilier à la fois les conditions et la santé au travail avec ceux de la performance d'une organisation ; aussi, parce que j'ai eu l'occasion de travailler à plusieurs reprises auprès de personnels soignants hospitalier. Au-delà des applaudissements et des considérations financières qui sont actuellement mis en avant, il s'agit depuis plusieurs années et plus encore aujourd'hui de considérer quels sont les moyens (notamment humains, matériels, de formation, managériaux, politiques) donnés pour leur permettre de réaliser un travail "soutenable". Voilà un an que le milieu hospitalier hurle son besoin de soutien et de reconnaissance, non pas en temps de crise, mais au quotidien. En cette période de crise sanitaire, la décision de limiter la durée de travail du personnel soignant à 12h était nécessaire, mais demeure insuffisante. Penser les moyens et l'organisation qui sous-tendent et soutiennent le travail est une urgence que les ergonomes ne cessent de rappeler, d'argumenter et de démontrer. Penser le travail, ses conditions, ses moyens, son organisation et l'anticipation de situations diverses (notamment de crise) n'a pas de sens si elle n'est pas pensée en tenant compte des besoins, des compétences, de l'éthique, des spécificités professionnelles, etc. des femmes et des hommes qui connaissent mieux que quiconque le travail de terrain. Penser la performance d'une organisation ne peut se faire sans considérer ce que l'atteinte de cet objectif suppose.
Arthur, bravo pour cet article et ta prise de position. Je me suis permis d'en faire autant avec moins de prestige mais pas moins de conviction.

Confinement de Floflo

Cette histoire est inspirée de faits réels et irréels...

La baie vitrée s'ouvre dans un souffle et se referme alors que je suis happé dehors par une vague de chaleur. Un soleil de plomb étouffe le monde devant moi. Même le vent semble vidé de ses forces. L'air flotte lourdement. Mes yeux s'habituent lentement à la luminosité. Ils ne peuvent pas encore se poser sur les dalles de la terrasse qui cuisent mes pieds. En observant mieux, on remarque que quelques courageux sont tout de même à l’œuvre. Ils butinent, comme si de rien n'était. D'ailleurs il n'est rien. Ils font bien ce qu'ils veulent eux.

Il existe un coin d'ombre au fond du jardin mais je n'y vais jamais. Avant il y avait un arbre mort là-bas. On l'a déterré. Cet anti-cimetière est hanté. Il y a quelques jeux qui jonchent le sol, immobiles, vestiges d'un temps où les enfants couraient et criaient ici. Maintenant ils restent chez eux. Pas moi.

Un océan vert sans vague s'étend à perte de vu. Si on ne regarde pas trop loin. Une série de pierres blanches offre un chemin à travers. Dans un effort de titan, je bondit d'un îlot à l'autre. Je rejoins l'autre côté à bout de force. Dans un dernier effort, je me laisse tomber dans l'eau.

Elle est gelée. Je sors frigorifié. Heureusement qu'il y a un peu de soleil pour me réchauffer.

Confinement de Marion

Face au mur #1

C'est une petite carte de visite, dont le fond est entièrement noir, imprimée de ces mots : « THIS CARD BELONGS TO SEBASTIAN MELMOTH ».

Je l'ai prise, intriguée, sur un présentoir, devant une boutique de Barcelone - ou était-ce Valence ? Et de retour chez moi je l'ai collée sur mon mur. En bas, sur la droite.

Pour voir ce qu'il y a au dos,  il faudrait la détacher, et ce n'est pas autorisé par le jeu. Le jeu, c'est : chaque jour de confinement, piocher un élément du mur bariolé qui arrête mon regard quand j'écris.

Wikipedia vous apprendrait que Sebastian Melmoth est le pseudonyme d'Oscar Wilde fuyant  à Paris la police des mœurs britannique. Le nom de Melmoth, il le prit du  « premier roman gothique », écrit en 1820.

Mes yeux descendent sur l'article suivant proposé par Google. Il s'agit de la page Facebook de Sebastian Melmoth. « Calle san Fernando, Valence. Productos creativos y originales... »

Valence ! Voilà ma boutique ! Ces mystérieux productos sont attirants. Pourtant je n'ouvrirai pas la page. Le jeu le permettrait, mais j'aime laisser planer une gothique incertitude sur Sebastian Melmoth.

Confinement de Framboise

Je ne compte plus les jours de confinement ni passés, ni à venir, car cela a un côté à la fois irréel et potentiellement anxiogène. Donc, c'est décidé je m'en fiche royalement !

Aujourd'hui je trouve que c'est une journée à l'échelle de la vie, avec des bonnes et des mauvaises nouvelles, des bonnes surprises et des envies.

Nous avons appris la mort d'un de nos copains de promo, malade depuis 3 ans ; évidemment ça rend triste, surtout pour sa famille, ses 4 enfants et bien sûr son épouse. Une bougie brûle pour lui : paix à son âme.

Par ailleurs,  j'ai papoté avec ma mère par Skype et ça nous a fait du bien à toutes les deux.

J'ai aidé ma fille dans son projet et ai pu voir mon petit Isaïa de 9 mois, magnifique !

Installée sur la fenêtre pour prendre le soleil, j'ai papoté avec le gardien de la résidence et mon voisin de dessus, c'était inédit et sympa !

Mes voisins viennent de m'appeler pour me signaler qu'ils descendaient un panier avec une tasse de thé au miel ; c'est pas merveilleux ça ? Ca n'aurait jamais pu se passer sans le confinement !

J'ai pu donner un cours de yoga à distance à 6 personnes et ça m'a remplie de joie de les voir s'apaiser, elles qui bossent à distance et pour qui c'est beaucoup plus dur qu'au bureau.

J'attends ma copine pour vélo-papotage.

Voilà cette journée à l'échelle de la vie : du bonheur, de la tristesse et plein de petites choses qui rendent heureux, une fois à la fois, qui font aussi que cela prend du sens.

Belle soirée dans la lumière de cette magnifique pleine lune.

Confinement de Nats

J'ai repris goût ! Après trois semaines passées à ne rien faire, j'ai recommencé à coder. Il est agréable de se perdre des heures dans une activité "saine". Ce n'est certes pas quelque chose de fort intéressant pour les autres, mais elle me permet d'oublier le confinement et de passer le temps. Je ne sais absolument pas ce que je veux faire, mais j'ai tout le temps pour le découvrir. En attendant j'avance petit à petit, rajoutant des briques à mon projet au fur et à mesure. On verra bien où celui-ci me mènera.

J'ai malgré tout pris des bonnes habitudes pendant ce confinement. Entre le sport, la nourriture et mon rythme de vie, je suis plutôt fière de ce en quoi j'ai transformé ce confinement. 335 km de vélo d'appartement et 3 kilos de perdus, j'espère finir ce confinement en meilleur forme que je ne l'ai commencé. Vais-je continuer ces "bonnes" habitudes ? J'espère bien que oui ! Aurais-je le temps ? Cela dépend que de moi.

Allez bisous les confinés.


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