Journal de Confinement - Jour 23

Que la montagne est haute ! Une communauté d'auteurs, confinés comme la totalité du pays, partagent leur ressenti, leurs occupations et leurs questionnements. Rejoignez-nous.

Journal de Confinement - Jour 23

Confinenent de Stofcri

Inspiré par mon fils, je me suis remis doucement à faire du sport.Quelques pompes hier et aujourd’hui pour me dégripper (attention mot interdit)

J’ai mal évidemment, mais ça fait du bien de se sentir exister.

Au passage Hubert-Félix Thiéfaine
"Nous étions nés danseurs d’un monde à l’agonie, en même temps que fantômes, conscients d’être mort-nés"

Je ne manque de rien diraient certains, oui j’ai une belle maison, un jardin, ma femme qui veille sur moi et ma petite Foxy adorée.

Mais je manque d’air en réalité, l’air de rien, l’air de ne pas y toucher, de rêver le nez en l’air.
Je voudrais citer le  grand philosophe P.B qui dit « qui a le droit, qui a le droit, qui a le droit de faire ça… »

Ce qui, c’est nous finalement : quelle bande de masos et on attend quoi, la douce caresse après s’être fait fouettés ?

Je me sens éclaté, éparpillé, divisé de tous ceux que j’aiment et qui me manquent.

Envie d’être partageur de mes émotions, de mon désir d’être pleinement avec vous (pas trop quand même je suis marié).

Me réinventer peut-être dans un monde qui ressemblerait à un grand concert à l’ile de Wight.

Chiche !

Confinement de Maillec

Certain(e)s d’entre nous cherchent des repères dans cette ambiance agitée. D’autres tentent de s’informer. D’autre encore, de comprendre « le pourquoi du comment » on en est arrivé là. Il y a ceux aussi qui cherchent à expliquer et argumenter, coûte que coûte, pour défendre leur chapelle. Aussi, ceux qui attendent le bout du tunnel, sans trop savoir si la fin offrira « un monde meilleur » ou non. Et ceux qui essaient de contribuer à la gestion de la situation, sans toujours savoir comment, combien de temps, de quelle façon. Il est possible aussi d’opter pour la multimodalité, en combinant plusieurs de ces options.

Je ne suis pas certaine de savoir où je me situe exactement. Ce « rien de change » – que je ne prône pas mais que je constate – est peut-être ma façon de contribuer à la situation. Autrement dit : continuer, quels que soient les aléas, les contraintes, les exigences et les circonstances, de faire ce que je sais faire… exécuter mon travail, répondre aux demandes, rester à l’écoute, partager ce qui fait du bien de voir/comprendre/connaître/lire et entendre, communiquer et transmettre les informations qui me semblent utiles. Et rester chez moi.

Confinement de Floflo et Litilesiou

Aujourd'hui, c'est le thème du cadavre exquis. On écrit une ou deux phrases à tour de rôle, sans se concerter, et on voit ce que ça donne. Vous pouvez jouer à nous retrouver, ou essayer le duo de votre côté, c'est assez surprenant à faire. Vous pouvez aussi vous en tamponner les parties génitales, on se vexera pas.

La quarantaine c'est dans 15 ans. Le confinement lui est déjà là. Grâce à lui, ça fait un bon mois maintenant que mon esprit tourne sur lui-même. Je crois que j'ai besoin de faire ma crise du confinement, celle qui va briser la boucle. Ma première crise de la quarantaine. C'est au moment où je pensais qu'il s'arrêtait que je gagne 15 ans sur le temps. Cette nuit, la lune était si pleine qu'on y voyait comme en plein jour. Hans zimmer soufflant dans mes oreilles, mon imaginaire a dérivé encore plus vite que d'habitude, me laissant protéger la maison d'une attaque invisible.

Comme dans un mauvais rêve, je me sens paralysé, le temps ne passe pas, il se perd. Ou alors il se retrouve, il se prend ; on l'appréhende avec plus de délicatesse. J'essaie de jongler dans ma façon de le recevoir, parce qu'ici tout se confond, la semaine dernière pèse moins que l'heure qui vient de passer. Ma motivation est d'ordinaire aux prises avec la fatigue, elle lutte à présent contre l'inertie. Je ne mets pas juste un réveil, j'escalade une montagne quand celui-ci sonne, et je la dévale lentement toute la journée. Pourtant, les journées filent à toute allure. Rappelez-vous cet amphi qui semblait plus long que l'éternité, alors que la semaine de vacances qui a suivi s'est envolé en un claquement de doigt. Et comme il est dur de se rappeler ce qui s'est passé dans ce cours, et comme il est aisé de se rappeler ce qui s'est passé pendant ces vacances. La vie est bien mystérieuse, ce qui m'échappe le plus est ce qui me marque le plus. Mais ce qui me pèse le plus ne s'évade que trop rarement. Je crois que je suis atteint de chronophilie, je cicatrise mal dans le temps.

Au final, l'atmosphère est lourde, à l'intérieur de ma tête comme à l'extérieur de ce retranchement d'ailleurs. Le contraste avec les notes légères de classique qui sortent de l'enceinte en devient presque magique. Une beauté sculptée dans la rupture. Je m'efforce moi aussi de trouver cette harmonie, entre ce piano qui veut rire de tout son cœur et ce violon qui pleure toutes les larmes de son corps. Je cherche à sculpter dans le temps cette rupture magnifique. Cette naissance soudaine d'une poésie inattendue vole au sinistre un vent d'espoir profond. Je repense au sujet du concours général, il y a quelques années : à quoi sert le beau ?

Vaste thème, mais qui résonne violemment aujourd'hui. C'est vrai, quel rôle devrait-il jouer en ces temps de crises, présente et futures ? On a déjà trop écrit, alors on vous laisse flotter avec la question. Elle en vaut la peine, je crois.

Confinement de Luna

Confinement, jour 23. 8h59.

Je sirote mon café brûlant en regardant par la fenêtre. C'est une délicieuse journée de printemps, comme je les adore.
C'est vraiment la période que je préfère. Quand l'atmosphère se réchauffe peu à peu, à la sortie de l'hiver. Quand la nature semble renaître, quand les arbres fleurissent, quand les oiseaux échangent entre eux dès l'aube - que peuvent-ils bien se raconter ? Au fond de moi, j'ose me demander s'ils parlent de nous.
Le café brûlant coule dans ma gorge et je me dis que j'aurais voulu renaître moi aussi avec la nature, aujourd'hui.

J'aurais voulu sortir et sentir le vent sur mon visage. Je sais qu'il est encore un peu frais à cette heure, mais qu'il se réchauffera bien vite. La lumière du soleil teinte déjà la pièce de couleurs chaleureuses. Le ciel est bleu. Pas un nuage.

Aujourd'hui est une délicieuse journée de printemps, comme je les adore. Et j'aimerais ressentir cette sensation pour toujours.

Confinement de Zewed

Confinement. Jour 23. A mon réveil, ce matin, j’ai du mal à distinguer le réel du rêve. C’est une sensation particulière. Comme lorsqu’après une nuit agitée, nous nous en prenons à la personne qui nous a trahi pendant notre sommeil. SI, elle avait ton visage, je n’ai pas rêvé. Enfin peut être que si. Haa je ne sais plus.

Je vis la plupart de mon temps à travers un prisme de reconstitutions de scènes passées et de projections d’avenir, qui provoquent chez moi presque les mêmes émotions qu’un moment vécu. Leur légitimité en moins. C’est exacerbé, en ce moment, avec le confinement. Puisque je ne vis plus grand chose, j’essaye d’en imaginer le plus possible. C’est comme de l’aspartame à la place du sucre, mais c’est toujours mieux que rien.


Je cultive ces fantasmes, puisqu’ils procurent des émotions et c’est je crois une raison suffisante. Il me semble que la consécration d’un moment tient au fait qu’il ait été rêvé. Dans ses instants, le réel et le rêve se rejoignent alors et tout explose.
Seulement, c’est difficile à partager. Puisque le langage est une barrière.

Heureusement, je suis entouré d’une flopée de gens qui me disent souvent : « je vois complètement ce que tu veux dire ».


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