Journal de Confinement - Jour 10

Un jour de plus ! Une communauté grandissante d'auteurs, confinés comme la totalité du pays, partagent leur ressenti, leurs occupations et leurs questionnements. Rejoignez-nous.

Journal de Confinement - Jour 10

Confinement de Floflo

Ma foulée se fait de plus en plus capricieuse. Mais j'ai envie de jeter un regard sur la ville au loin. Je souhaite voir si ici aussi la vie est arrêtée. Le décor change du tout au tout, les derniers arbres laissent place aux marais salants. Eux aussi sont protégés. Je ne peux pas remonter le chemin qui passe à travers. Je ne verrai pas la ville. Je parcours le paysage des yeux, ils se posent sur la jetée Jacobsen qui devait être mon point de retour.

Une image du film de Chris Marker me revient.

« Ceci est l'image d'un homme marqué par une image d'enfance. »

« De ce dimanche, l'enfant dont nous racontons l'histoire devait revoir longtemps le soleil fixe, le décor planté au bout de la jetée, et un visage de femme. »

« Rien ne distingue les souvenirs des autres moments : ce n'est que bien plus tard qu'ils se font reconnaître, à leurs cicatrices. Ce visage qui devait être la seule image de paix à traverser le temps de guerre, il se demanda longtemps s'il l'avait vraiment vu, ou s'il avait créé un moment de douceur pour étayer le moment de folie qui allait venir [...] »

Je reviens sur mes pas. Il faut que je revois ce film que j'ai eu tant de mal à voir et qui finalement m'a marqué.

Confinement de Zewed

Confinement. Jour 10. L’impatience surgit. D’un coup d’un seul, puisqu’elle ne sait pas faire autrement. L’impatience de voir cette morbide courbe bifurquer. L’impatience d’être privé d’images aussi anxiogènes que réelles. L’impatience de guérir à coup de grandes pintes de bières et d’éclats de voix, de rires, en compagnie des meilleurs être humains que je connaisse.

Ils m’aideront à exalter les choses pour les élever en dehors du banal et du commun, puisque n’importe quoi peut devenir grand et beau. Tout est grand et beau, même, potentiellement. Il suffit simplement de s’en rendre compte. Mais tout seul, c’est difficile. Et puis j’ai l’impression de vivre pour ça, de n’être doué que pour ça.

Pourtant, l’heure est au pragmatisme, au calcul, à l’efficacité. Je l’admets totalement, j’y suis même favorable. Il n’empêche que ça m’est difficile.

Alors, comme une pommade que l’on applique sur une plaie, je vais vivre ma journée en leur honneur, et en celui de nos retrouvailles qui se rapprochent au rythme des pas que tracent dans ma vie ce journal.

Cheers.

Confinement de Joumi

J’ai rêvé d’un ours brun. Ce n’était pas le gentil petit ours brun raconté aux enfants, non, c’était plutôt une sorte de grizzly énorme et terrifiant.

Dans mon rêve, effrayée j’ai commencé à fuir puis quelqu’un m’a dit : « mais non t’inquiète pas, il n’est pas méchant ». Rassurée, je l’ai alors enlacé.

Au réveil, je me suis empressée de concerter mon meilleur ami du moment, google, afin d’étudier la symbolique de l’ours brun.

Voici ce que j’ai trouvé: « L’ours est un animal très associé aux guerriers. Sa force et son impressionnante stature en font un protecteur de taille. Symbole de puissance et de courage, l’ours est aussi un animal solitaire, qui cherche refuge dans sa tanière. Peu grégaire, il vit une vie paisible. On connaît bien sa période d’hibernation durant laquelle il recharge son énergie en attendant les beaux jours ».

Incroyable, quelle belle illustration du pouvoir de l’inconscient !

PS : Message à mon inconscient : tu sais, c’est déjà le printemps…à quand les beaux jours ?

PPS : Note aux lecteurs : je n’ai volontairement pas conservé les explications freudiennes bien plus délicates à mettre dans ce journal, vous l’aurez bien compris !

Bises

Confinement de Pand{or}A

Cette nuit je me suis réveillée puis incapable de me rendormir. Pourquoi ? C’est vrai qu’il y a mille raisons à cela en ce moment et si l’on prend en considération le fait que j’ai de grosses difficultés à dormir en temps normal bah ça n’en fait pas quelque chose de très étonnant. Mais rien à voir, enfin si en fait : j’ai sursauté en pensant à la poubelle que j’avais laissée chez moi. Je n’arrive plus à me souvenir ce que j’ai mis dedans en plus… Bon, elle avait deux jours hein mais que vais-je retrouver en rentrant chez moi ? Quand est-ce que je vais rentrer chez moi ? Les vers de terre et autres bestioles ici, je les aime bien (sauf les araignées, et pourtant ici dans ma maison vide j’ai de quoi faire un travail sur cette peur!), je les observe dans le jardin, mais je sens que je vais beaucoup moins les aimer dans mon studio ! L’angoisse…

Confinement de Stofcri

Ça y est, il me prend l'envie de faire une belle recette de cuisine.
Cette recette, des initiés m'en ont parlée du bout des lèvres, en chuchotant...
Garde la précieusement, c'est un secret qu'il faut préserver etc ...

Que diable ! cette recette je la partage, la voici :

Acheter une dinde d'environ 5 kg pour 6 personnes et une bouteille de whisky, du sel, du poivre, de l'huile d'olive, des bardes de lard.
La barder de lard, la ficeler, la saler, la poivrer et ajouter un filet d'huile d'olive.
Faire prechauffer le four thermostat 7 pendant dix minutes.
Se verser un verre de whisky pendant ce temps-la.
Mettre la dinde au four dans un plat a cuisson.
Se verser ensuite 2 verres de whisky et les boire.
Mettre le therpostat a 8 apres 20 binutes pour la saisir.
Se bercer 3 berres de whisky.
Apres une debi beurre, fourrer l'ouvrir et surveiller la buisson de la pinde.
Brendre la vouteille de biscuit et s'enfiler une bonne rasade derriere la bravate - non - la cravate.
Apres une demi heure de blus, tituber jusqu'au bour.
Oubrir la putain de borte du bour et reburner - non - revourner - non - recourner - non - enfin, mettre la guinde dans l'autre sens.
Se pruler la main avec la putain de borte du bour en la refermant - bordel de merde.
Essayer de s'asseoir sur une putain de chaise et se reverdir 5 ou six whisky de verres ou le gontraire, je sais blus.
Buire - non - luire - non - cuire - non - ah ben si - cuire la bringue bandant 4 heures.
Et hop, 5 berres de plus. Ca fait du bien par ou que ca passe.
R'tirer le four de la dinde.
Se rebercer une bonne goulee de whisky.
Essayer de sortir le bour de la saloperie de pinde de nouveau parce que ca a raté la bremiere fois.
Rabasser la dinde qui est tombee bar terre. L'ettuyer avec une salete de chiffon et la foutre sur un blat, ou sur un clat, ou sur une assiette. Enfin, on s'en fout...
Se peter la gueule a cause du gras sur le barrelage, ou le carrelage, de la buisine et essayer de se relever.
Decider que l'on est aussi bien par terre et binir la mouteille de rhisky.
Ramper jusqu'au lit, dorbir toute la nuit.
Manger la dinde froide avec une bonne mayonnaise, le lendemain matin et nettoyer le bordel que tu as mis dans la cuisine la veille.

Confinement de Nats

Fin du confinement

Aujourd'hui j'ai bravé l'interdit ! Un ami qui est confiné tout seul est venu déjeuner à la maison. On a fait attention à tout, on s'est pas serré la main, on n'était pas trop près. Que c'était bizarre ce sentiment, comme si j'avais peur de lui alors qu'il a rencontré autant de monde que moi et qu'il a fait tout aussi attention.

Je me suis rendu compte qu'avec ce confinement, j'ai peur des gens maintenant, peur de les infecter ou de me faire infecter. Qu'il est bizarre de regarder une autre personne et avoir peur d'elle. Mon instinct de survie prend le dessus et malgré moi je m'éloigne.

Les premiers jours après la fin du confinement seront bizarres, on aura malgré nous gardé les habitudes de distanciation sociale. Vivement que l'on se retrouve, que l'on se serre la main, que l'on s'embrasse et que l'on se voit tous. Il y aura autant de monde dans les rues que lors d'une victoire de l'équipe de France pendant une coupe du monde. Ca va être dément.

Confinement de Litilesiou

1995, Mauthausen, Autriche. Commémoration pour les 50 ans de la libération du camp. Son père à lui y a été interné, son père à elle aussi.


Liés par l'horreur.


Un petit coup sur le micro, le silence se fait totale dans la salle, son discours est prêt. Une grande inspiration et elle se lance, elle sait ce qu'elle va dire. Elle ne sait pas encore qui l'entendra.


"Hey Louis, tu la reconnais, c'est Michelle !"
"Michelle ?"
"Michelle Rousseau ! On était au lycée avec elle !"


Il l'avait aimé lorsqu'ils avaient 18 ans, de cet amour qui ne disparaît jamais vraiment. Ni avec la distance, ni avec le temps. Éprise de liberté et d'aventure, elle était pourtant partie. Il m'a confié récemment qu'il avait toujours imaginé la retrouver. Pourtant, lorsqu'il la reconnaît debout sur l'estrade, 40 ans après, il reste assommé. Sans mots. Elle est comme dans ses souvenirs, belle et brillante, forte et indépendante. Les images du passé se mêlent aux hommages du présent, alors qu'un nouveau futur s'ouvre comme une évidence. Ils ont 60 ans et comme deux jeunes ils se retrouvent.


Rassemblés par le destin.


De ces mots à elle, "l'âge, c'est uniquement dans la tête", c'est probablement pour ça que je ne les ai jamais vu vieillir. De ses mots à lui, "ils ont tant vécu qu'ils n'ont plus peur de mourir". J'ai si peu vécu que je n'imagine pas une seconde continuer sans eux. Elle est rentrée des urgences avant-hier, sa fièvre a lui est redescendu. Je ne vais pas feindre de ne plus m'inquiéter, j'y pense tous les jours. Mais de toute ma vie, je n'ai connu d'histoires qui m'aient donné autant de foi en la vie et de courage pour l'affronter. C'est exactement ce que je ressens aujourd'hui. S'il est des amours capables de vaincre la mort, le leur en fait parti. Alors je me laisse envahir par une douce sérénité, celle de les savoir ensemble.


Unis par leur amour.


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