Journal de Confinement - Jour 1

Trois jeunes hommes de 25 ans, confinés comme la totalité du pays, ont eu l'idée d'ouvrir une plateforme pour partager leur ressenti, leurs occupations et leurs questionnements. La voici. Elle est ouverte à tous et toutes. Rejoignez-nous.

Journal de Confinement - Jour 1

Confinement de Nats

Premier jour de confinement et deuxième de télétravail. Quel dommage que le VPN de mon entreprise fonctionne, deux semaines de vacances auraient été accueillies avec enthousiasme.
La situation semble sur-réaliste, le président qui parle à la télé un jour sur deux, les pharmacies pleines, les supermarchés vides, etc. L'inquiétude générale ne vient pas du COVID-19, les gens n'ont pas peur de l'attraper, mais surtout peur de manquer.
J'ai voulu acheter quelques légumes ce matin pour faire une ratatouille, en arrivant au Auchan je me suis retrouvé face à une queue de plus de 200 personnes attendant patiemment de pouvoir faire ses courses.  Je comprends le comportement de la population, j'ai moi-même acheté un peu plus que ce dont j'avais besoin, cependant je vous en prie ne prenez pas plus d'une semaine de provision sinon on va se retrouver avec une pénurie. Non pas car nous avons une réelle pénurie mais surtout parce que la chaîne d'approvisionnement ne pourra pas faire face à la demande. Ca ne peut pas continuer...

Confinement de Zewed

Confinement. Jour 1. Après avoir choisi où j’allais passer ces quelques semaines, il me faut maintenant choisir ce que je vais en faire. Toujours cette démarche de productivité. On oublie rien. Seulement, j’ai peur. J’ai peur de regretter de ne pas avoir utilisé ces moments hors du temps pour créer. Pour avancer. Pour renouer avec l’essentiel, disait hier soir le cher Macron. C’est étrange parce que j’étais persuadé que l’essentiel c’était les autres. Rien que les autres. Plaire aux autres. Pourquoi pas me faire envier des autres même. Je vais devoir faire les choses pour moi. Je ne connais pas cette voie. Allons la découvrir.
Hier, j’ai cru comprendre qu’on vivait un moment particulier. Un moment où il s’agit peut être de faire le bien autour de nous. J’ai pris deux grandes décisions. Je vais poster à l’entrée de ce petit immeuble de banlieue parisienne une note propageant mon envie d’aider les plus fragiles d’entre nous. J’irai faire les courses pour les vieux. La seconde idée est de mettre en place un échange de livres entre voisins. Si mes actes suivent mes paroles, peut être que je me trouverai légitime en affirmant après qu’en 39-45, moi, je n’aurai pas collaboré.

Confinement de Richard Riche-Idée

J'espère que ce ne sera pas comme ça les prochaines fois, quand ce sera vraiment dangereux. Presque tout le monde est parti, presque personne ne m'a proposé de l'accompagner. Au moins, aujourd'hui ça n'est pas vraiment dangereux.
Je me demandais ce qu'il se passerait si je restais enfermé une semaine, sans voir personne, sans communiquer avec qui que ce soit. Les vœux de silence et de disparition de la surface de la Terre pratiqués par certain m'intriguent. Cet intérêt est antérieur à mon amour des gens. Je me demande où mon esprit irait. Dans Vendredi, Robinson croise son visage et se surprend à ne plus savoir sourire. J'ai lu cela il y a longtemps, ça a dû me frapper. Je ne souris pas.
Je suis engourdi par ce que m'inspirent d'une part l'expérience humaine, le plongeons en moi que j'effectuerai, même sans m'y forcer, conséquence de l'absence immédiate de l'Autre, et la quantité démesurée de temps à ma disposition d'autre part. Mon esprit entrepreneur, que je n'ai pas été le seul à façonné, me rappelle que c'est l'opportunité de travailler sur tous ces projets que j'ai amassés.
Je crois que je dramatise et que tout va se passer assez naturellement. On verra.

Confinement de Joumi

Première semaine de confinement national et deuxième semaine de télétravail pour moi. Mon rythme est pris, je ne change pas beaucoup mes habitudes. Lever à 7h00, petit déjeuner et douche pour être à 8h30 connectée au bureau.
Ce qui change, toutefois, c’est ce que l’on voit, ce que l’on entend, ce que l’on ressent. En commençant par ces fichus cheveux blancs que je regarde dans le miroir et que je devais recouvrir d’une couleur ce weekend chez le coiffeur. Ils vont rester là, à pousser et à me regarder pour encore mieux me narguer.
Connectée et prête à travailler à 8h30, sans maquillage, sans artifice, avec mes cheveux blancs.
Consciente de cette futilité,  de cette superficialité, je m’étonne ! Des gens sont malades, meurent et moi je recouvre notre noirceur quotidienne en scrutant le blanc de mes cheveux.
Et pourtant, je sais…
Je suis convaincue que cette traversée est vitale pour la planète. Elle va nous permettre de ne plus nous couvrir, nous recouvrir, nous masquer, nous mentir, nous leurrer… elle nous ramène violemment au réel. A l’authentique, à l’important. Notre monde et notre style de vie, devenus fous.

Merci fiston et ses amis pour cette idée d’écriture, il y a de belles choses aussi qui peuvent naître d’une crise telle que celle-ci.


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