J'ai envie de sortir
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J'ai envie de sortir

Cela fait maintenant deux semaines que nous sommes bloqués, sans pouvoir sortir. Retour d'un confiné sur son envie de s'évader.

Ô toi, doux air pollué de Paris, que tu me manques. J’aimerais pouvoir t'embrasser, t'inspirer, te souffler ! Encrasse-moi, oh oui vas-y ! J'aime quand ta souillure s'infiltre en moi et me salis ! Quelle que soit ta forme, tes arômes, je ne peux pas me passer de toi.

Mais que dis-je ?! Ce confinement ne serait-il pas en train de prendre le dessus sur ma raison ?

Je reviens à moi.

Depuis ma confortable prison qu'est mon appartement situé à quelques pas du périphérique, le tumulte des voitures expulsant leurs nuages nauséabonds qui nous encrassent ne me manquent pas. Mon quartier, à l'accoutumée si bruyant, ne l'est plus. Son essence au parfum distingué se dévoile. Comme un papillon s'échappant de sa chrysalide. Ses rues si souvent bondées sont maintenant abandonnées.
Le prix du loyer va surement doubler !

D'ordinaire si casanier, j'ai une envie farouche de sortir.  Le virus qui sévit nous prive de notre liberté, nous retire toutes interactions sociales, ne nous permet plus de nous cacher derrière un masque. Nous sommes maintenant cachés derrière nos murs. Depuis une semaine, enfermés dans nos prisons, nous  réfléchissons sur nous-mêmes. Que nous soyons avec nos parents, amis, amoureux ou bien seuls, nous sommes condamnés à affronter nos doutes et nos peurs. Que j'aimerais m'évader !
Stress, angoisses, doutes, vivement nos adieux.
Qu'il serait agréable, l'espace d'un instant, de retrouver mon ancienne routine avec tout ses défauts.

Pourtant, il est vrai que depuis le début du confinement j'ai pris goût à me retrouver. A réfléchir. A écrire. A profiter.

Il est fort probable que je ne sorte pas indemne de cette période. Peu importe sa durée, elle me laissera ses marques. Certains perdront la tête, peut être. D'autres, et j'en suis certain, auront gagné en sagesse.

J'ai envie de sortir.

Enfreindre les règles, c'est probablement ce qui nous rend le plus humain. Mais l'heure n'est pas à l'égoïsme alors je ronge mon frein.

Sans le rythme effréné de notre ancien quotidien où tout est défini par une durée, le temps n'a plus d'utilité. Quel jour sommes-nous ? Lundi ? Qu'est-ce que ça change ?!  Le temps semble figé par le virus. Qu'il soit midi, quinze heures ou minuit, demain sera identique.

Quand est-ce que le virus partira ? Quand aura-t-il fini de ravager nos vies ? Reviendra-t-il l'année prochaine ? Tant de questions qui font froid dans le dos. J'essaie de ne pas trop me plaindre, d'autres ont vécu pires. Mais pour moi, c'est probablement l'événement le plus angoissant que j'ai été amené à vivre.

J'ai envie de sortir.

Qu'est-ce que j'aimerais pouvoir me promener, voir la Nature reprendre vie. Toute mon âme me hurle de risquer une balade.  Laissez-moi m'émerveiller du Printemps et de toutes ses couleurs.
D'habitude, ma préférence se porte sur l'hiver, pour son silence et sa beauté brute. Mais aujourd'hui, c'est le Printemps que je veux ! Que la Nature est belle quand on y prête attention ! Belle au point que l'on ne la regarde plus. Je la dévorerai des yeux. C'est promis.

J'ai envie de sortir.

J'attends avec impatience le jour où le Président annoncera la fin du confinement, voir les gens courir dans la rue, pleurer dans les bras des proches qu'ils n'ont pas vu depuis longtemps.

Oh, que ce moment me réchauffe le coeur.



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