01- La Caverne

Les premières réflexions d'un individu pressentant la possibilité d'élévation et de la quête de soi. L'urgence de se retrancher, pour se sonder et travailler à l’œuvre de sa vie. Le début du tâtonnement

01- La Caverne

Chers proches, j’espère que vous vous portez au mieux.

Je me trouve actuellement dans une réalisation importante : j’ai résolu une majorité immense de mes problèmes de surface, j’ai même résolu quelques problèmes fondamentaux, plus profondément enfouis en moi. Cet accomplissement me gratifie, outre d’un paisibilité de l’esprit ainsi que d’un début d’amour sincère et profond, et pour ma personne et pour les hommes, et les femmes de cette planète, me gratifie écrivais-je, d’une nouvelle lucidité. Lucidité qui me fait réaliser que me trouve aujourd’hui dans une urgence.

Cette urgence, c’est une urgence d’accomplissement par la création, d’entreprendre et de travailler, de quitter le confort et de devenir moi, à force de vie, d’expériences forcées et non plus en faisant confiance à l’oisiveté. J’avais déjà eu cette conversation avec l’ami O. de la Roustoume : j’amorçais alors des réflexions sincères sur mon avenir - quelles compléments d’études, postes, connaissances, compétences, responsabilités pour quelle version de moi dans 5, 10, et 20 ans brigués-je ? -. De ces réflexions j’avais fait sortir plusieurs objectifs à court terme : apprendre le code, me former à l’utilisation de logiciels de modélisation (BIM), m’investir dans un collectif urbanisme, sur la base de modèles numériques, axés sur des enjeux sociaux et environnementaux, et faisant intervenir l’art dans les phases de conception et de mise en place, ou encore m’investir dans le social, par exemple via la Protection Civile.

J’ai apprécié ces mois d’hiver passé à sortir jusqu’à une ivresse grecque antique, qui inspire l’aède à chanter et les plus grandes amitiés à se nouer autour d’un banquet. J’ai également apprécié rentrer tôt, manger chaud contre le froid, me blottir dans mon lit et me reposer à regarder quelques épisodes de série. J’ai apprécié les rencontres que j’y ai faites, ma lutte contre la fatigue de saison, le travail et le retour du travail. Je me suis endormi chaque soir de ce mois un large sourire de quiétude aux lèvres, et il est rare que je me sois réveillé sans dynamisme et envie de vivre la journée offerte.

Cependant, je n’ai cessé d’y penser : je maquille une routine. C’est une routine qui n’est certes pas laide et que nombreux trouveraient enviable, mais c’est une routine. J’enlace un quotidien appréciable, mais pas extraordinaire, dont je me satisfais - certes mieux que la majorité de mes collaborateurs et proches, et ce sans me mentir à moi-même, en toute honnêteté et authenticité - mais ce quotidien n’est qu’appréciable. Ma vie actuelle ne fait que me satisfaire. Et je le sais. Je pense être aujourd’hui heureux – mais qu’est-ce que le bonheur patati patata – au moins suis-je dans une grande quiétude, une paix intérieure relativement lucide, et une satisfaction si ample que je n’en vois plus mes frustrations. Et quand vous me parleriez de l’art et de la création, je vous répondrais que chaque jour je lis, dessine, écris, rappe, suis des répétitions de théâtre plusieurs heures par jour. Finalement, j’ai atteint les objectifs que je m’étais fixés plus jeune, et tant d’autres que je n’osais envisager. Je suis devenu moi, non comme je me voulais, mais comme je me rêvais. Et cet état et cette situation dans lesquels je me trouve, je peux les faire durer. Mais je parlais de réalisation et d’urgence : j’y reviens, voici mon intuition. Je crois que ce qui ne me sied pas dans ce rythme de vie, dans ce quotidien qui m’apaise et m’ouvre l’esprit, c’est son confort.

Je ne crois pas que mon cerveau et ma force doivent se reposer à 23 ans. Je ne crois pas avoir besoin, je ne crois même pas avoir un désir vrai et profond de confort à mon âge. Je suis dans une force morale et physique que je n’aurai pas toute ma vie, il faut que j’en profite. Cette force que je fantasmais, du fond de l’abîme de confiance en moi dans lequel je me construisis, aujourd’hui je l’entrevoie, et son ampleur me grise : il me faut la réaliser. A. de Vaize m’avait tantôt mis en garde contre l’utilisation de la construction « il faut », parce qu’elle est trop vague. Cette construction inspire à penser qu’il existe une entité supérieure, régissant nos devoirs, nos aspirations et leurs conséquences. Je pense que l’on est responsable de tout, dans la façon dont l’on répond à son environnement. Ma réponse à mon environnement a été de trouver un emploi, de devenir plus entreprenant avec les femmes, plus attentif aux autres et à leurs attentes et craintes, insécurités et besoins, à cesser de me jauger, à me détendre. Je pourrais poursuivre ces objectifs qui me plaisent beaucoup, au même titre que je pourrais me lancer dans ces projets, évoqués quelques paragraphes plus tôt, qui m’intéressent tout particulièrement. Il s’avère que le seul domaine, dans la passion duquel, je pourrais trouver l’énergie et la volonté de renoncer à mon confort, et de me mettre en danger, de sacrifier certains aspects de mon quotidien, c’est la musique.

J’entends parvenir dès les prochaines semaines à renoncer à mon confort et de sacrifier certains pans de ma vie. Je pense initier une rupture avec l’extérieur qui tendrait de façon progressive vers une vie sociale plus raisonnée, plus nécessaire et moins forcée. Je n’ai pas besoin d’être toujours l’ami le plus présent quand on a besoin de lui, d’être cool et de prendre des verres souvent. En revanche j’ai besoin de voir mes amis quand l’isolement m’abîme trop, quand je suis trop seul avec moi-même. Je ne me plais pas quand je sors le plus souvent possible dans l’espoir de rencontrer une fille qui me plaira, et à laquelle je pourrais plaire, et avec laquelle je pourrai vivre quelque chose. En revanche, je me plais à laisser, quand je sors, - et ce le plus authentiquement possible - les filles que j’entreprends de rencontrer, me plaire.

Je ne veux plus essayer de bien faire les choses comme j’imagine qu’on pourrait les attendre de moi. Je ne veux plus avoir envie de faire les choses que j’ose faire. Je veux oser faire tout ce dont j’ai envie. Passer de relations dans laquelle je me donnais par peur de perdre, à des relations immensément plus fécondes d’amitié et de don de soi réciproques, de souci ingénu de l’autre et non plus motivé par la politesse : « j’ai parlé de moi, parlons de toi », ou par la position de confident attentif, dont j’ai pu me gargariser. Je ne veux plus être gentil, je veux être utile. Ce pan de ma vie que je compte marginaliser est ma vie sociale et amicale, je n’en ai pas besoin, pas maintenant.

J’entre dans ma caverne. Soyez assurés que je vous transmets ce message parce que je veux vous faire complices d’une réussite collective, qui à mon sens ne peut prendre ses racines que dans une profonde et sincère réflexion individuelle.

Fraternellement

Richard

PS : J’ai la conviction que nous ne sommes pas amis pour les bons ou pour les mauvais moments à passer. Nous sommes amis parce qu’en êtres humains nous avons le pouvoir d’avoir un impact sur le monde dans la manière dont nous le percevons, mais quel effroyable chemin à arpenter seul. Soyons vraiment amis, soyons vraiment proches : fusionnons nos énergies, nos temps, nos sensibilités, ne soyons pas d’accord, donne-moi tes bras, je te donnerai mon cerveau… Alors nous aurons un impact sur le monde, pour nous : pas pour les autres ; nous ne marquerons pas notre temps, nos sacrifices ne seront pas utiles à d’autres, mais nous serons utiles à nous-mêmes, nous construirons notre relation et ne l’attribuerons pas au hasard des rencontres. Nous aurons un impact sur nos vies.


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